Un homme est mort. Je ne le connaissais pas et la nouvelle me laisse indifférent. Mais cet homme était aussi un icône, un personnage des légendes que nous aimons inventer pour embellir un peu le quotidien. À vrai dire, les légendes autour de cet homme abondent. Leur rapport avec l'homme qui les inspire, ses faits et méfaits réels, importe peu. Cette icône faisait partie des décors de la vie fantasmée d'un certain nombre de gens. Elle était associée à d'autres figures du décor, des objets qui ont eu une influence dans notre vie. Encore une fois, le lien réel entre l'homme et l'objet importe peu. L'icône était entre autre associée à l'Apple II. Et l'Apple II occupe une place particulière dans ma vie. S'il ne fut pas mon premier ordinateur, c'est celui sur lequel j'ai vraiment commencé à bidouiller, à essayer de comprendre comment fonctionnait la machine. Des PEEK et des POKE du Basic Applesoft à la découverte de l'assembleur 6502, l'Apple II est à l'origine de plus de 25 ans de passion. Après l'Apple II, il y eu les Mac, puis les NeXT, objets bien trop coûteux pour que je puisse avant longtemps y toucher[1], mais qui entretenaient le rêve, qui promettaient des futurs merveilleux. En ces années lointaines, Steve Jobs figurait une sorte de père Noël pour l'ado que j'étais. C'est ce père Noël qui s'est éteint hier, et avec lui une partie de mes rêves d'enfant.

Je connais bien sûr les autres légendes qu'a inspirées l'homme, et bon nombre me font grincer des dents. Je ne les oublie pas et ne pleurerai pas ces personnages. Hier, c'est juste un bout de plus de mon enfance qui est mort, et c'est elle que je regrette. Et à travers le symbole disparu, c'est tous les hommes et les femmes de l'Apple du début des années 80, l'Apple qui m'a fait découvrir l'informatique et m'a donné envie de bidouiller, que je voudrais remercier.

Bon, Woz, quand est-ce que tu reviens me faire rêver ?

Notes

[1] la première grosse dépense de ma vie de salarié fut un Mac, par erreur, car il avait déjà perdu tout ce qui faisait le charme de l'Apple II. Mais c'est une autre histoire.