Ce projet m'intéresse énormément. Parce que le Web libre est quelque chose d'important auquel je tiens, parce que je suis persuadé de son intérêt et, partant, de la nécessité de le défendre et de le renforcer. Une des premières tâches est évidemment de faire prendre conscience au plus grand nombre d'internautes possible de la beauté et de l'importance de cet outil. Éduquer devrait être une de nos premières tâches, expliquer encore et encore ce qu'est le Web, comment il fonctionne. C'est l'objet de Hackasaurus, et j'espère que je vais pouvoir lui consacrer un peu de temps[1]

Les projets d'éducation à l'usage de l'Internet sont bien sûr nombreux. Si celui-ci m'intéresse tout spécialement, c'est qu'il est porté par la Fondation Mozilla, dans le cadre de Drumbeat, donc par des gens mus par des valeurs proches des miennes. Et parce qu'il est animé par Atul Varma.

Atul est un membre des laboratoires Mozilla que j'apprécie particulièrement, tant pour les projets auxquels il participe (ancien, comme Aza Raskin, d'Humanized, il a notamment été un des principaux développeurs d'Ubiquity et de Jetpack) que pour ses réflexions sur son blog. Il y avait écrit un joli billet, dans lequel je retrouvais ma propre expérience, "Kids And The Open Web". Il y expliquait que le Web lui rappelait ce qui avait fait naître sa passion pour l'informatique lorsqu'il l'avait découverte, enfant. Que l'informatique, devenue un temps professionnelle et rébarbative, redevenait accessible grâce au Web.

Quelques mois plus tard, les idées de ce premier billet ont germé et Hackasaurus a vu le jour.

Le projet est actuellement en incubation au sein de Drumbeat, il s'agit de construire de premiers outils, rédiger les premiers cours, organiser des évènements pour avoir des retours, et trouver des partenaires. Le projet se construit sur les retours d'expérience de "Hack Jams", des séances d'une journée durant lesquelles des enfants essaient les outils et participent à leur création. Une dizaine ont déjà eu lieu à New York depuis début février.

Le Bidouillosaure propose déjà deux outils:

  • HTMLPad, un éditeur en ligne pour créer des pages Web : c'est en fait un "simple" Etherpad permettant de taper du code HTML dont le résultat est immédiatement affiché. A vrai dire, Etherpad ne me semble pas le meilleur outil pour cela, et je me demande pourquoi ils n'utilisent pas plutôt ACE (ex Skywriter ex Bespin, un autre projet des Laboratoires Mozilla) ou l'excellent jsfiddle;
  • X-ray Goggles (les lunettes aux rayons X) me semble beaucoup plus intéressant : c'est une bookmarklet, donc un petit bout de code javascript que l'on stocke dans ses marques-pages et qui peut être utilisé pour facilement obtenir des informations sur la structures d'une page Web. X-Ray Goggles est dans la lignée de Platypus ou de Customize Your Web dont j'ai déjà parlé. Des cours sont en train d'être mis en place sous forme de missions à remplir en utilisant les lunettes à rayons X. Les premiers font découvrir la barre d'adresse, le principe des bookmarklets, la structure des pages Web…

Le code source des outils est évidemment disponible : https://github.com/hackasaurus

On assiste depuis quelques mois à l'allumage du deuxième étage de la fusée Drumbeat: la fondation Mozilla ne lance plus des projets toute seule dans son coin mais participe (initie ?) à des initiatives avec de nombreux partenaires pour promouvoir le Web Libre dans divers domaines. En témoigne par exemple l'annonce il y a quelques semaines d'un partenariat avec de nombreux médias comme la BBC, le Boston Globe et le Guardian dans le cadre du projet MoJo sur l'information en ligne. Hackasaurus n'est pas le premier projet à traiter d'éducation, puisque School of Webcraft rencontre un succès certain, mais celui-ci semble vouloir impliquer davantage de partenaires, comme le New Youth City Learning Network, la bibliothèque publique de New York ou l'université d'Indiana, et donc être plus ambitieux.

Mais trêve de bavardages, Atul présente le projet beaucoup mieux que je ne saurais le faire. Il a eu la gentillesse de m'autoriser à traduire les deux billets où il lance l'idée et annonce la création du Hackasaurus, les voici ci-dessous. Mes compétences en traduction étant des plus minces, je vous incite évidemment à aller de préférence lire les originaux.

Pour plus d'informations sur Hackasaurus, allez faire un tour sur le site et le wiki. Et surtout, n'hésitez pas à participer. Si vous vous intéressez à l'éducation et au Web, à l'alphabétisation numérique, si vous connaissez des gens sensibles à ces domaines, faites leur tourner l'information. Le Web est un formidable outil. Expliquons-le. Prenons-en soin.

Les enfants et le Web Libre

(titre original: Kids And The Open Web Publié par Atul Varma le 4 septembre 2009)

A chaque fois que je réfléchis à pourquoi j'aime le Web Libre, je me dis qu'il correspond à la manière dont j'ai appris, lorsque j'étais enfant, à utiliser des ordinateurs et à programmer: mon premier ordinateur, un Atari 400, était fourni avec tout le nécessaire pour programmer, et moi et mes parents n'avons dû ni dépenser des centaines de dollars ni signer des NDA pour obtenir un outil de développement.

Enfant, mon livre technique favori était Creating Adventure Games On Your Computer qui contenait le code en BASIC de jeux auxquels vous pouviez jouer, que vous pouviez améliorer, et expliquait comment créer les vôtres. Une rubrique dans une de mes revues favorites, 3-2-1 Contact, fournissait le même type de contenu.

Tout cela était facile à comprendre pour un enfant, bien plus facile, comme l'a observé Jef Raskin dans The Humane Interface, que les outils de développement actuels. Avoir pu utiliser un outil qui fournissait un moyen accessible de créer est une des choses que j'apprécie le plus de mon enfance. C'est en partie de là que viennent ma passion et mon excitation pour le logiciel libre et le Web libre: les gens comme moi y voient les caractéristiques qui les ont tant excité à propos des ordinateurs dans leur jeunesse. Des caractéristiques que nous risquons constamment de perdre de nos jours au fur et à mesure que le secteur se professionnalise et devient plus contrôlé.

Cela m'a refait penser à Drumbeat : et si le matériel pour promouvoir le Web libre expliquait comment il rend la vie meilleure pour les enfants qui sont des bidouilleurs naissants. Beaucoup d'adultes ne sont pas à l'aise avec la technologie, mais savent que leurs enfants le sont. Si nous pouvons leur prouver que le Web libre est meilleur pour leurs enfants, et qu'ils peuvent rendre la vie de leurs enfants meilleure en utilisant un navigateur respectueux des standards, alors peut-être qu'ils le feront.

Après avoir un peu réfléchi à cette idée, voici ce que j'ai obtenu:

Le Web libre est une encre magique

Chaque page est faite d'éléments standards: du texte, des images, des sons, des vidéos et du code. Mais à la différence du monde où certains d'entre nous ont grandi, la composition est malléable: une faute d'orthographe peut être corrigée, une image modifiée, un son remixé, on peut ajouter une fonctionnalité. Peut-être que vous ne le voyez pas, mais les enfants le voient. Et lorsque les enfants ont la liberté de voir comment fonctionne chaque chose de leur monde, quand on les invite à jouer avec et à se les approprier, ils apprennent à créer un monde qui est meilleur grâce à eux.

Découvrez le Hackasaurus

(titre original : Enter The Hackasaurus. Publié par Atul Varma le 14 Mars 2011)

J'ai récemment changé de projet chez Mozilla. J'étais auparavant le responsable technique de Jetpack , mais début février 2011, j'ai commencé à travailler sur un nouveau projet nommé Hackasaurus. C'est une boite à outils et un programme d'étude pour aider les enfants et les non techniciens à comprendre le Web et comment le bidouiller.

L'origine de ce projet remonte à un billet que j'ai écrit en 2009 intitulé "Les enfants et le Web libre", où je comparais une page Web à de l'encre magique. Cette métaphore s'inspirait d'une prise de conscience que j'ai eue lorsque j'ai rejoint Mozilla au début 2008.

Avant de rejoindre Mozilla, la dernière fois que j'avais touché à HTML, c'était à la fin des années 90, lorsque les pages Web étaient statiques et ennuyeuses. Après avoir rejoint Mozilla, j'ai découvert les nouveaux outils et les concepts qui étaient apparus ces dernières années: Firebug, jQuery, Greasemonkey, Ajax, les bookmarklets et les extensions des navigateurs. Tout cela proposait une image complètement différente de la page Web, non plus une chose immuable, mais quelque chose de dynamique et de modifiable. Apprendre à utiliser ces outils me donnait aussi de nouvelles capacités: comme je vivais déjà la plupart de ma vie sur le Web, être capable de modifier comme je le voulais n'importe quel site était comme pouvoir déchiffrer la Matrice.

La plupart des gens ignorent ces aspects du Web. Et chaque fois que nous parlons de ce pourquoi le Web est génial, nous avons toujours du mal à expliquer des concepts comme la bidouillabilité et la transparence aux nouveaux venus. Pour eux, le Web est quelque chose d'opaque et qu'on ne peut pas modifier, comme Flash, iOS et n'importe quelle autre plate-forme.

Mais comme aime à le dire Mitchell: chez Mozilla, nous ne nous contentons pas de parler, nous faisons. Et Hackasaurus est une boîte à outils et un programme de cours pour aider les gens ordinaires à déchiffrer la matrice et à ressentir dans leurs tripes ce qui rend le Web si génial.

Le projet est encore jeune, mais nous avançons vite: nous avons organisé cinq évènements le mois dernier à New York, Chicago et San Francisco, qui nous ont permis de mettre nos outils entre les mains d'enfants, de voir ce qu'ils en font, et de rapidement les faire évoluer en fonction des résultats.

Pour moi, travailler sur ce projet a signifié un mélange de séances intenses de codage, d'apprentissage, d'engagement et de tests utilisateurs, ce que j'ai trouvé motivant et enrichissant. Ça a aussi été génial de bosser avec mes collègues sur ce projet — Ben Moskowitz et Matt Thompson de Mozilla, Jessica Klein du New Youth City Learning Network, Taylor Bayless de YouMedia Chicago, Jack Martin et Chris Shoemaker de la bibliothèque publique de New York, and Rafi Santo de l'Université d'Indiana. C'est motivant de travailler avec des gens si passionnés par l'éducation et le Web libre.

Si vous voulez en savoir plus, allez jeter un œil sur le nouveau site de Hackasaurus. J'ai tenté de tenir à jour un court historique du projet pour rendre plus simple l'implication dans le projet de nouveaux venus et se tenir à jour sans être débordés d'informations.

Notes

[1] A propos de l'importance de l'éducation à l'usage de l'Internet, Laurent Chemla a rappelé il y a quelques jours l'existence d'un de ses textes de 99, à l'époque où il participait à la création de l'Ecole Ouverte de l'Internet: Le yoyo, le téléporteur, la carmagnole et le mammouth. Un texte toujours d'actualité que je vous invite à (re)lire.