Anastasie et la pomme

L'affaire est vieille de plusieurs semaines, mais comme je me suis aperçu que tout le monde n'en a apparemment pas entendu parler, je poste un lien. Vous savez que ne peuvent tourner sur iPhone (et bientôt iPad) que les applications qui ont été validées par Apple. Cette validation va assez loin puisqu'outre le respect de contraintes techniques, elle vérifie également les contenus diffusés par l'application. Certains programmes ont ainsi été refusés parce qu'ils auraient permis de consulter des textes érotiques. Toujours plus loin, il semble à présent que soient aussi interdites toute référence à des concurrents d'Apple. L'App Store a ainsi demandé à des développeurs de modifier la description de leur application qui mentionnait qu'elle était également disponible sur les téléphones équipés d'Android, développé par Google et concurrent de l'iPhone. Mais à part ça Steve est toujours aussi cool

Un panda dans la poche

A propos d'Android, le développement d'une version de Firefox pour l'OS mobile de Google avance vite et elle pourrait voir le jour avant la fin 2010. Voir par exemple ce billet de Vladimir Vukićević. Ce développement a été rendu possible grâce à l'arrivée sur Android d'un environnement de développement (NDK) permettant l'utilisation de C et C++ alors que jusqu'à présent le SDK était limité à Java. Firefox est déjà disponible sur Maemo, un des OS mobiles de Nokia, sur Windows Mobile (en version alpha) et devrait l'être sur Meego, la fusion de Maemo avec le Moblin d'Intel. L'avancée des différents projets peut être suivi sur le wiki des projets de Mozilla sur mobile. Par contre, toujours rien n'est prévu pour l'iPhone, puisqu'Apple interdit explicitement toute application pouvant concurrencer ses propres produits. Tous les défenseurs du sacro-saint marché fiers d'arborer leur gadget au sein duquel toute concurrence est interdite me font décidément doucement rigoler...

Les progrès de l'électrolyse

S'il est un point sur lequel Firefox a pris du retard sur Chrome et IE 8, c'est dans la gestion du multi-processus. Actuellement, Firefox n'utilise qu'un seul processus, donc toute page Web ou tout plugin qui planterait entraînerait un plantage de tout le navigateur. Cela devrait être résolu d'ici la fin de l'année via le projet Electrolysis : dans Firefox 4 chaque onglet devrait s'exécuter dans un processus séparé. La première étape est disponible depuis quelques semaines dans les compilations nocturnes de Firefox : le projet OOPP (out-of-process plugins) isole les plugins dans un processus séparé. Les plugins ne doivent pas être confondus avec les extensions. Ils sont en général destinés à permettre au navigateur de lire d'autres formats de fichiers : Flash, PDF, Java... Désormais, ils s'exécuteront dans un processus séparé, en clair un plantage de Flash n'enverra plus le navigateur au tapis, et si le même Flash consomme trop de ressources on pourra tranquillement le tuer sans affecter Firefox. De quoi réjouir les utilisateurs du plugin, en attendant le jour que j'espère prochain où HTML 5 enverra Flash rejoindre IE6 dans les poubelles de l'Histoire.

HTML 5 rulez

J'ai déjà eu l'occasion de pester contre la manie d'utiliser Flash pour afficher des présentations sur le Web, manie qui prive de ces présentations les gens qui ne veulent ou ne peuvent pas installer le lecteur propriétaire d'Adobe. Jusqu'à présent je conseillais plutôt l'utilisation de solutions en HTML pur, comme S5 d'Eric Meyer ou Slidy du W3C. Atul Varma, un développeur des MozLabs dont je suis grand fan, propose une solution très jolie utilisant HTML 5. Comme tout est écrit dans un langage ouvert, on peut facilement adapter la présentation à ses besoin, en extraire des informations, rajouter des sous-titres dans une autre langue, etc. Une raison de plus d'aimer le Web Libre. Alors je vous le re-demande : à quand un site utilisant des technologies ouvertes pour héberger des présentations ?

Monde de merde, et encore, je suis gentil

J'écris Web Libre, mais je me demande s'il ne va pas m'arriver des bricoles. En effet, ces jours-ci la censure n'est pas que sur Internet, avec par exemple la LOPPSI dont tout le monde a parlé, mais aussi dans l'autre monde. Ainsi une gamine a été exclue de son école pour avoir porté un maillot appelant à la liberté. On n'est certes pas encore dans la situation hallucinante des école yankees, décrite par @manhack, où l'on rencontre de plus en plus de flics dans les écoles, mais on y vient doucement. Ah le charme des pays symboles de liberté ou de droit de l'homme, des grandes démocraties... On a d'ailleurs chaque jour moins de droit, dans ces "démocraties", puisqu'on peut aussi se faire condamner pour avoir appelé au boycott des criminels de guerre, ou molester pour avoir simplement voulu s'embrasser dans la rue. Et ne parlons même pas du droit de survivre, allègrement bafoué à Bagnolet quand la mairie a profité d'un jour de neige pour évacuer les individus, enfants compris, qui occupaient depuis des années un immeuble abandonné. L'immeuble a été aussitôt détruit, avec toutes les affaires de ses occupants. Le lieu servait parait-il à la prostitution et à la consommation de stupéfiants, c'est du moins les prétextes sortis par les édiles pour justifier leur geste et le harcèlement policier contre les expulsés qui essayaient de camper dans la rue, faute de s'être vus proposer le moindre relogement. Mais après tout, si ce n'étaient que des putes et des toxs, ça ne doit pas être bien grave qu'ils crèvent. Gerbant !

URL, kézako

Autre histoire édifiante, largement commentée mais que je me permet de reprendre, au cas où elle aurait échappé à ta sagacité : I want the old Facebook back !. Il y a quelques semaines, le site à forte audience ReadWriteWeb publiait un article sur la volonté de Facebook de devenir un des principaux fournisseurs d'identité sur le Web. Le but étant que les gens puissent s'identifier sur n'importe quel site avec leur compte Facebook. Le sujet est dans l'air du temps, et l'article, titré Facebook Wants to Be Your One True Login a rapidement été bien indexé dans Google. Or, que font bon nombre d'utilisateurs pour aller sur la page d'accueil de Facebook et se connecter à leur compte ? Il ne tapent pas l'adresse du site dans la barre d'adresse. Ils n'utilisent pas la barre géniale de Firefox. Ils vont sur Google, leur page de démarrage par défaut, et y cherchent Facebook login, puis cliquent sur le premier lien. Or l'article de RWW s'est trouvé être le deuxième résultat de recherche affiché à bon nombre d'utilisateurs qui, sans se poser davantage de questions, ont cliqué sur le lien et ont atterrit sur l'article. Se sont-ils aperçu de leur méprise ? Pas tous apparemment puisque plusieurs centaines d'internautes ont cru être sur la nouvelle page d'accueil de Facebook, et ont laissé des commentaires sous l'article critiquant cette nouvelle page qui ne leur permettait plus de ce connecter, et appelant au retour de la précédente : I want the old Facebook back !. Passé le premier éclat de rire, il y a là de quoi nous interroger sur la différence de pratique et de connaissance de la toile entre les vieux briscards qui codent des sites et l'usage du réseau par bon nombre de gens à qui nous destinons nos sites. Dans les statistiques de ce blog, la principale recherche sur Google qui amène des lecteurs est... mon nom de domaine. Ca donne à réfléchir.

Le retour du doigt

Les informations des otages de Google qui ont un profil public sont à présent disponibles aux formats XRD et FOAF. Par exemple les profils de toto@gmail.com sont accessibles à http://s2.googleusercontent.com/webfinger/?q=toto@gmail.com et http://s2.googleusercontent.com/webfinger/?q=toto@gmail.com&fmt=foaf. Et c'est plutôt cool. FOAF et XRD sont deux technologies utilisées dans le Web sémantique. La première, développée par le W3C, est un vocabulaire dédié à la description de personnes et des liens entre elles. XRD, pour eXtensible Resource Descriptor, initiative de l'OASIS, se veut lui plus générique et vise à décrire toutes les méta-données de n'importe quelle ressource. Google travaille depuis quelque temps déjà à un nouveau protocole, WebFinger, permettant de découvrir le profil public de quelqu'un à partir de son adresse mail. Bref, petit à petit le Web sémantique fait son nid et qu'un acteur de la taille de Google s'y mette de plus en plus est plutôt encourageant. (enfin, ce n'est pas une raison pour créer un compte GMail, le lancement de Buzz a montré une fois de plus et de manière plutôt éclatante le peu de de cas que Grand Frère fait de la confidentialité des données de ses otages).

Prix vacy

Daniel Lyons décrit comment les réseaux sociaux cherchent patiemment à vous faire oublier la valeur de votre vie privée, de vos informations intimes, pour que vous les leur confiez en échange de quelques services pratiques. Tristan a eu la bonne idée de traduire l'essentiel de l'article. Je ne suis que partiellement d'accord. L'important à mes yeux n'est pas tant de dénoncer l'usage que les réseaux sociaux font de nos données que d'être sûr de l'honnêteté du contrat. Or le contrat ne peut être honnête que si les deux parties sont pleinement conscientes de toutes ses implications, des bénéfices mais aussi des dangers, bref si leur consentement est éclairé. Ensuite, chacun et chacune fait ce qu'il veut de son corps, choisit de le monnayer ou pas, et si oui décide de sa valeur. On monnaye bien déjà, pour la plupart d'entre nous, nos vies en fournissant un travail en échange d'une rémunération [1], il est tout à fait concevable dans la société marchande actuelle de monnayer également nos intimités, nos relations, etc. Un problème plus pertinent est celui de nos données exploitées à notre insu, sans notre consentement. Ainsi pour ma part je refuse d'utiliser Facebook, Gmail, MSN, etc. C'est mon choix. Mais lorsque je discute avec un correspondant utilisant une adresse de messagerie (courrier ou instantanée, Facebook est en bonne voie pour proposer les deux) chez Facebook, Google ou Microsoft, ces sociétés collectent des données sur moi, sans que j'ai signé le moindre contrat avec elles, parfois même à mon insu lorsque j'écris à une adresse en ignorant qu'elle est redirigée vers un compte Gmail. Il y aurait là je pense matière à creuser et à se battre, contre cette collecte et cette probable utilisation déloyale de mes informations.

Facebook, nouvel AOL ?

Dans la série des traductions, le Framablog a la bonne idée d'en proposer une de l'article de Julianne Pepitone, End of the Web as we know it, thanks to iPad and others, sur la balkanisation en cours du Web, le retour à une situation déjà connue où la toile se fragmente en sous-réseaux ne communiquant pratiquement plus entre eux. En cause, les sites qui emprisonnent les contenus et les nouveaux périphériques qui cherchent à les verrouiller. De plus en plus d'informations qui hier auraient été publiques sont aujourd'hui publiées sur Facebook et accessibles uniquement de celles et ceux qui y ont un compte. On a par exemple beaucoup glosé sur une ministre qui utilise Facebook, y compris pour défendre son action publique, mais comme je n'ai pas de compte je n'ai pas accès à sa prose. L'inscription à FB et autres réseaux privés va-t-elle devenir obligatoire pour suivre et participer à la vie citoyenne ? Du côté des périphériques, les fabriquants poussent les développeurs à privilégier les applications natives à leur gadget plutôt que les applications Web universelles. Ainsi, des informations et des services vont être réservés aux otages d'Apple, d'autres aux utilisateurs d'Android, et dans les deux cas elles seront inaccessibles aux derniers clampins qui n'ont pas de mobiles. Cette nouvelle fragmentation est à mon avis une des menaces qu'il va falloir combattre en priorité ces prochains mois.

La bibi, la bibi, la bidouille

Encore un exemple sympathique de bidouille. Lire du contenu sur le Web n'est pas toujours simple : la fonte choisie peut être peu agréable, sa taille trop petite ou trop grande, les lignes trop longues... Heureusement, le Web, grâce à ses technologies ouvertes comme HTML et CSS, est bidouillable, et vous pouvez relativement facilement modifier la présentation des textes pour les rendre plus lisibles. Pour ma part j'utilise Firebug pour modifier directement les styles de la page, mais je viens de découvrir une petite bookmarklet, Readability qui fait cela bien mieux et plus facilement. Paramétrez sur le site le type de fonte, la taille, les marges, glissez la bookmarklet à l'endroit ad hoc et il vous suffira de l'appeler pour qu'elle re-formate une page. Simple, pratique, possible parce que le Web est libre est ouvert.

JS Rulez !

Si je devais me remettre à coder, c'est assurément vers JavaScript que je me tournerais, tant c'est de ce côté que je vois venir le plus de choses enthousiasmantes (en même temps, ma veille est orientée ;) ) Il ne se passe pratiquement pas une semaine sans recevoir de faire-part annonçant la naissance de bibliothèques qui apportent à JS de nouveaux concepts sympathiques. Tout n'est pas neuf, bien sûr[2], beaucoup de concepts sont importés d'autres langages, mais qu'importe, ce dynamisme fait plaisir à voir. J'ai notamment vu passer ces dernières semaines deux trucs qui semblent prometteurs, si quelqu'un avec un peu de temps pouvait y jeter un œil et poster sur le sujet, j'en serais ravi. Il s'agit de Promises et de Trait. Promises (promesse) est un concept de programmation pour faciliter la communication entre des traitements synchones et des traitements asynchrones. Bref, une situation courante en JavaScript et qui va le devenir encore davantage avec les WebWorkers HTML5. Le principe consiste à encapsuler le résultat attendu d'un traitement dans un objet, une promesse, contenant l'action à effectuer une fois que le résultat sera disponible. On peut ainsi code sans se soucier de savoir si la méthode appelée renverra un résultat immédiatement ou plus tard. Kris Zyp et Kris Kowal travaillent à la définition d'un standard pour les promises dans le cadre de CommonJS, et deux implémentations sont déjà disponibles, l'une pour NodeJS, l'autre pour Narwhal. De son côté, Trait est un mécanisme permettant d'implémenter un forme d'héritage multiple dans les langages qui n'en proposent pas. Il est similaire aux Mixins. Les Traits sont des ensembles de méthodes qui peuvent être ajoutées dynamiquement à un objet. Un objet pourra utiliser plusieurs traits et disposer ainsi de l'ensemble de leurs méthodes. La bibliothèque traits.js propose une implémentation de ce mécanisme en JavaScript.

Notes

[1] quoique avec l'extension des stages et du travail forcé en prison, entre autres, le curseur soit là aussi en train de bouger vers une dévalorisation de notre sueur;

[2] du côté de l'utilisation de Canvas j'ai l'impression de me retrouver 25 ans en arrière à l'époque du Basic et des ordinateurs 16bits;