La firme a constitué une équipe autour de Brian Fitzpatrick chargée d'améliorer les fonctionnalités d'import-exports de ses différents produits, et vient d'ouvrir un site, The Data Liberation Front[1] pour centraliser les informations sur le sujet. Le but est de permettre aux utilisateurs de récupérer leurs données pour pouvoir s'ils le désirent changer de fournisseur. Cela n'a rien de suicidaire. Si hier, le modèle était à l'assujettissement des utilisateurs entre autre via des formats propriétaires et fermés - certains ont bâti un empire là dessus - le futur est à l'ouverture et à ceux qui l'auront compris. Et savoir qu'on peut partir est souvent suffisant pour convaincre de rester.

Le site est donc en ligne et propose de courtes documentations sur les méthodes d'export, mais aussi d'import, d'une vingtaine de services maison (Blogger, Calendar, Gmail, YouTube...) Il y a encore quelques couacs, par exemple la page concernant YouTube indique qu'on peut télécharger ses propres vidéos en MP4 depuis l'interface d'administration, mais la documentation du service en lien précise que cette fonctionnalité est limitée à 2 vidéos par heure.

Ce premier pas, quelles qu'en soient les motivations, est louable, car non seulement il va dans le sens d'une plus grande ouverture, mais il va obliger les autres acteurs à s'aligner. Et en offrant des cas concrets, il soulève de nouvelles question, permet de pousser plus loin la réflexion sur la gestion de nos données.

La question la plus évidente est celle du format de sauvegarde, comme le reconnaît Brian Fitzpatrick dans un entretien sur le site du Guardian. Certaines données peuvent facilement être exportées dans des formats standards, ODF par exemple pour Google Doc, ICS pour Calendar, etc. Mais pour d'autres il n'existe pas encore de format. Comment enregistrer localement une "Wave", comment la réutiliser ?

De son côté, Ragavan Srinivasan, un ingénieur des Laboratoires Mozilla qui travaille sur le projet Weave soulève plusieurs points intéressants :

  • pouvoir exporter ses données pour changer de prestataire est très bien. Mais est-il possible d'effacer nos données des serveurs de Google, et surtour comment avoir la certitude qu'elles l'ont bien été ?
  • quid des méta-données, des informations dont on a enrichi nos données. Par exemple, si on peut récupérer toutes les vidéos mises en ligne sur YouTube, il ne semble pas encore possible de sauvegarder également les mots clés qu'on leur a associés;
  • quid des données implicites ? c'est à dire des données que nous créons dans toutes nos intéractions avec Google ? Nos historiques de recherche par exemple. Sera-t-il possible de les exporter ?

Et cela m'amène à me poser d'autres question, en particuliers sur la propriété de certaines données. Si celles que nous créons explicitement nous appartiennent, qui est propriétaire des fameuses données implicites du Web² ? A qui appartiennent toutes les informations collectées par Google sur moi ? En suis-je l'auteur ? ou est-ce Google qui les crée en formalisant mes mouvements sous forme de données ? Qu'en est-il encore des données créées collectivement, un wiki, une discussion, etc. Sur Blogger, on peut exporter ses propres billets avec leurs commentaires, mais en tant que commentateur est-ce que je peux sauvegarder l'ensemble de mes commentaires ? Est-ce que cela a un sens de les enregistrer sans leur contexte ? Brad arrivera-t-il à reconquérir Cindy ou lui préférera-t-elle Paf la girafe ?

Notes

[1] j'avoue que l'appellation me met un peu mal à l'aise, sans doute par excès de paranoïa. Certes, Google cherche à tout prix à avoir une image cool et tout particulièrement chez les geeks, qui sont souvent des commerciaux enthousiastes et bénévoles pour ses produits. La firme fait ainsi régulièrement des clin d'œil à la culture geek. Ce site pourrait en être un, mais je trouve qu'il en fait un peu trop. Le site lui-même, créé avec Google Sites, l'appelation et le logo, cautionnés par une référence aux Monty Python. Difficile de croire à un simple humour potache de la part d'une société maîtrisant autant sa communication. Ce n'est sans doute qu'un moyen de faire du buzz. Mais cela peut aussi être vu comme un message signifiant que l'entreprise porte en elle sa contestation, histoire de désamorcer les critiques externes.