La chasse ne connaît pas de trêve
Par Clochix le mercredi 24 juin 2009, 08:30 - Humeur - Lien permanent
Une petite ruelle piétonne du centre de Paris. A cette heure très matinale elle est encore déserte, mais ne tardera pas à s'emplir des cris des enfants de la petite école tranquille nichée cans un coin. Je marche rapidement, encore à moitié endormi, essayant pour me donner du cœur de choper un peu du joli bleu du ciel, de la lumière rasante sur les façades de pierres, des dernières bribes de fraîcheur nocturne. Je ne fais attention ni à l'ado qui traîne les pieds quelques mètres devant, ni aux quatre patibulaires tenant le mur un peu plus loin.
Au moment où le lycéen passe devant eux, deux le bloquent soudain, j'aperçois une carte et la phrase honnie brise en mille morceaux le silence et cette journée qui ne commençait pas trop mal. Toujours les mêmes mots dégueulasses qui annoncent les rafles : "papiers !". Le jeune est looké en jeune, fringues pleines de logos, coupe de cheveux travaillée, iPod sur les oreilles. Surpris, il enlève ses écouteurs, ne comprend pas ce qui se passe, demande dans un parisien sans accent ce qu'on lui veut. Je n'ai pas le temps d'en voir plus. Un vieil homme s'est engagé à son tour dans la rue, et les deux autres molosses viennent de le bloquer contre le mur, le contrôlent à son tour. Je m'étonne. Avec ma dégaine, j'ai pourtant l'air bien moins "intégré" ou respectable que mes deux collègues passants. Ca m'a valu au fil des années bien des contrôles, bien des fouilles. Mais pas cette fois-ci, va comprendre, je ne correspond sans doute pas à leur cible du moment.
Contenant ma colère, je m'adresse à l'un des miliciens, lui demande pourquoi il ne me contrôle pas. Il se fout de ma gueule en me disant qu'aujourd'hui ils ne contrôlent pas les chevelus et m'invite en aboyant à circuler. Il faut sans doute avoir un esprit tordu comme le mien pour se dire que ce qui m'a évité le contrôle ce matin c'est mon bronzage de geek qui me donne le teint nettement plus blafard que mes deux camarades.
Il n'y a rien à faire, personne en vue à rameuter pour essayer de dénoncer l'injustice criante de ces rafles au faciès. Je m'éloigne en serrant les dents, les poings, essayant de contenir le dégoût, la nausée, la colère. Essayant de ne pas penser à ce qui va arriver si l'un des deux contrôlés n'a pas ces saloperies de bouts de papier sur lui.
Jeux de chaises musicales tout en haut. Mais tout en bas la chasse aux corps étrangers ne connaît pas de trêve. La machine à rafler, expulser, purifier continue à écraser nos vies.