Pourquoi j'utilise Firefox, pourquoi je pense que vous devriez l'utiliser
Par Clochix le dimanche 3 mai 2009, 13:41 - Lézarderies - Lien permanent
J'ai découvert par hasard et avec tristesse, dans les statistiques de ce carnet, que selon les mois, les utilisateurs de navigateurs basés sur Gecko ne représentent que 60 à 70% de mes visiteurs (et 5% pour Webkit). Plus du tiers d'entre vous utilise encore des navigateurs privateurs (dont 2% d'Opéra). C'est à la fois triste, et étonnant, car je pensais que parmi les technophiles qui composent je suppose la majorité de mon maigre lectorat, Firefox, Safari et Chrome avaient depuis longtemps éradiqué certaines erreurs. Ce n'est manifestement pas le cas, et j'ai donc envie de vous expliquer pourquoi j'utilise Firefox, vous vous en foutez, mais pourquoi je pense que vous devriez également l'utiliser. En espérant que cette modeste contribution aide à répandre le plus mignon des animaux (après le chat bien sûr).
La principale raison pour laquelle j'utilise des logiciels libres en
général, et Firefox en particuliers, n'est pas technique mais morale, éthique.
Parce que, pour paraphraser Benjamin
Franklin, je crois que ceux qui sont prêts à abandonner la liberté pour
un peu d'utilisabilité ne méritent
ni l'une ni l'autre
. Et que, pour reprendre la fameuse maxime de
Rabelais science sans conscience n'est que ruine de l'âme
. La
science, la technique, ne valent que par le but que l'on poursuit en les
développant et par l'usage qu'on en fait, C'est principalement à l'aune de ce
critère que j'essaie d'évaluer les outils que j'utilise. D'où ma préférence,
que certains pourraient parfois qualifier de bornée ou fanatique, pour les
logiciels libres.
Pour ce qui est du navigateur, on a le choix entre cinq "moteurs"[1]:
- Gecko, développé par la Fondation Mozilla, et présent entre autres dans Firefox bien sûr, mais aussi dans la suite SeaMonkey, Flock, K-Meleon, etc. C'est un logiciel libre (sous triple licence MPL/GPL/LGPL) piloté par une fondation;
- KHTML, du projet KDE et équipant entre autres Konqueror, le navigateur du projet. C'est un logiciel libre (licence LGPL) piloté par une communauté (je ne connais pas le mode de gouvernance exact du projet KDE).
- Webkit, dérivé de KHTML, est embarqué dans les navigateur Safari d'Apple et Chrome de Google. C'est un logiciel libre (sous double licence LGPL et BSD), mais dont le développement est fortement dépendant d'Apple et de Google;
- Presto, logiciel propriétaire développé par Opera Software pour son navigateur Opera;
- Trident, cœur des désastreux navigateurs de Microsoft. C'est un logiciel propriétaire;
Sur ces cinq moteurs, deux sont privateurs, ce qui les exclue d'office. Privateurs, c'est à dire que vous ne pouvez pas avoir accès à leur code source, que vous ne pouvez pas l'étudier, le modifier pour l'adapter à vos besoin. Vous ne pouvez pas non plus redistribuer comme vous le voulez le moteur, l'installer chez vos amis, etc. Vous ne contrôlez pas ce qui se passe sous le capot, ils vous privent de certaines libertés.
Les trois autres moteurs sont sous licence libre c'est à dire qu'ils vous garantissent les quatre libertés fondamentales en matière de logiciel : l'utiliser sans aucune restriction, étudier son fonctionnement, le modifier pour l'adapter à vos besoin, le redistribuer et partager vos modifications.
Je me permet de faire l'impasse sur KHTML, car je connais mal la communauté KDE, et qu'il se pourrait que Konqueror abandonne prochainement KHTML pour Webkit. Si tu as plus d'infos sur le sujet, camarade lecteur, je suis preneur.
Reste donc à choisir entre Webkit et Gecko. Le développement du premier est très lié à deux compagnies commerciales, donc dont le but est de gagner de l'argent, ce qui est fondamentalement incompatible, selon moi, avec les valeurs de liberté, égalité, solidarité. Accessoirement, aucune de ces compagnies n'a très bonne réputation. Apple est connue pour contrôler de très près l'usage que ses utilisateurs font de ses produits, et les velléités d'hégémonie de Google sur l'ensemble de l'information disponible en ligne inquiètent de plus en plus.
Le second moteur, Gecko, est lié à une fondation. Les règles de fonctionnement de cette fondation sont un peu floues (c'est du droit étasunien, je n'ai pas tout compris), mais pour mieux comprendre ses buts, il est essentiel de lire trois documents:
- la présentation de la fondation Mozilla. Comme je n'en ai pas trouvé de traduction sur Frenchmozilla, je me permet d'en esquisser une en annexe à ce billet, mais mon niveau d'anglais étant très faible, je vous conseille évidement l'originale;
- le Manifeste Mozilla, qui définit la mission que la fondation s'est assignée;
- les objectifs du
projets pour les deux années à venir. Ces objectifs ont été fixés de
manière démocratique, suite à de nombreuses discussions dans la communauté, par
exemple sur
le blog de Mitchell Baker, la présidente de la Fondation. Les quatre
principaux objectifs sont:
- Faire que l'ouverture, la participation et la prise de décision partagée soient des expériences plus courantes dans notre quotidien sur Internet;
- Rendre l'exposition des données plus sûre, plus utile et plus facile à gérer pour chacun;
- Intégrer le mobile dans un Web unifié, libre et innovant;
- Renforcer le rôle de Firefox comme moteur de l'innovation, du choix et d'exemple en matière d'expérience utilisateur;
Si j'ai choisi Firefox, et que je suis fier chaque jour de mon choix, ce n'est pas pour ses indéniables qualités techniques. C'est pour tout le reste, c'est parce que je rêve d'un Internet libre, ouvert, accessible à tous et toutes sans aucune discrimination directe ou indirecte, facteur d'émancipation. De tous les développeurs de navigateurs, la Fondation Mozilla est celle qui partage le mieux mon rêve, celle qui est la plus à même de permettre l'avènement de cet Internet[2]. Et c'est pour ces raisons que je pense que si ce n'est pas encore fait, vous devriez vous aussi utiliser un navigateur basé sur Gecko, et faire passer le mot.
Accessoirement, Firefox est un excellent navigateur qui n'a pas grand chose à envier à ses concurrents. Certes, il est peu-être un peu plus lourd et moins rapide que Chrome et Safari, mais cela est sans importance. Ne vaudrait-il pas mieux techniquement qu'un vulgaire IE 8 qu'il serait encore mon navigateur de choix. Parce qu'il m'apporte la liberté. Parce qu'il me permet de participer à l'aventure de la tentative de construction d'un monde meilleur. Et que rien n'a plus d'importance.
Annexe : tentative de traduction du About Mozilla
Mozilla est une communauté mondiale de milliers de personnes qui croient sincèrement que la technologie a le pouvoir d'améliorer la vie des gens;
Mozilla est une organisation publique dont le but n'est pas de gagner de l'argent mais d'améliorer au jour le jour l'expérience que les gens ont d'Internet;
Et Mozilla est un projet de développement de logiciel à code ouvert dont le code est utilisé comme plate-forme pour quelques-uns des projets les plus innovants de l'Internet;
Notre dénominateur est notre conviction qu'en tant que plus importante évolution sociale et technique de notre époque, l'Internet est un bien public qui doit rester ouvert et accessible à tous. Partant de là, tous nos efforts vont dans le sens de notre mission définie dans notre manifeste, favoriser le choix, l'innovation et laisser la porte ouverte à tous les possibles;
Pour atteindre ces buts, nous mettons en œuvre un processus transparent et collaboratif qui implique à travers le monde entier des milliers de contributeurs bénévoles ou salariés d'entreprises tierces et les salariés des équipes de la fondation. Ce processus coordonne le développement de produits comme le navigateur Firefox. Il est soutenu par la Fondation Mozilla, organisation à but non lucratif, et par ses filiales dont la Mozilla Corporation[3].
Notre communauté forme une organisation virtuelle où la place de chacun est indépendante de son statut (salarié de Mozilla, d'une entreprise tierce ou bénévole). La gouvernance du projet est basée sur le respect: plus vos contributions[4] ont de la valeur, plus grande sera votre autorité. Mozilla est une méritocratie, même les employés de la fondation doivent gagner le respect de la communauté.
Les technologies et les produits développés par Mozilla appartiennent à chacun. Nos produits sont non seulement disponibles librement et gratuitement, mais leur code source est public. De nombreux autres projets, gratuits ou commerciaux, utilisent les technologies Mozilla.
En fin de compte, les organisations du projet Mozilla, la communauté et les technologies que nous développons n'ont qu'un seul but: rendre l'Internet meilleur pour chacun.
Notes
[1] ce sont du moins les plus utilisés, implémentés dans 99% des navigateurs pour terminaux fixes. La situation des navigateurs pour terminaux mobiles est nettement plus complexe.
[2] accessoirement, c'est pour les mêmes raisons que Debian GNU/Linux est le système qui depuis une dizaine d'années motorise mes ordinateurs.
[3] structure commerciale créée pour gérer certaines choses que le statut de fondation ne permet pas.
[4] NdT: les contributions ne s'entendent évidemment pas qu'en terme de code, il y a mille façons de contribuer au projet, en testant, traduisant, aidant les autres utilisateur, évangélisant, etc.
Commentaires
Pour webkit, je pense pas qu'il faut pas juste voir le fait qu'il soit développer par Apple et Google. A l'origine, c'est un moteur de rendu développé pour konqueror du projet KDE qui est libre. Il a été repris par Apple qui a finalement mis en libre les modifications avec la team KDE (non sans mal au début il faut l'avouer) et maintenant le code est commun aux deux projets et donc libre.
60 à 70% de firefox, c'est énorme !
Ça ne me choque pas qu'il te reste 30 à 40 %. Il y a des internautes qui n'ont pas le choix ! En entreprise, tu n'as pas toujours le choix d'installer et utiliser le navigateur de ton choix. Et le parc de navigateur IE6 installé en entreprise est encore énorme (à cause de contrainte diverses : compatibilité avec les applis intranet, manque de temps pour migrer, DSI qui n'en a rien à fiche etc..)
"Reste donc à choisir entre Webkit et Gecko. Le développement du premier est très lié à deux compagnies commerciales, donc dont le but est de gagner de l'argent, ce qui est fondamentalement incompatible, selon moi, avec les valeurs de liberté, égalité, solidarité." << je me suis arrêté là et je n'irais pas plus loin. Ooouuuuh les vilains qui veulent gagner de l'argent. Vivons tous de chasse et de cueillette et brulons tout ce qui représente l'argent !
Qu'on ne me parle pas de la politique d'Apple ou d'autre société, je ne fais que réagir à cette phrase qui, elle-même, ne parle pas d'Apple en particulier mais critique en général le fait qu'une société qui gagne de l'argent ne peut pas s'investir dans du "vrai libre égalitaire et solidaire" ... alors que les exemples de sociétés s'impliquant dans le libre sont légions...
Je trouve vraiment regretable d'exclure Opera pour la simple et bonne raison que c'est un logiciel propriétaire. Opera effectue un travail exemplaire du coté des standards et cette société peut apporter un vrai plus au web.
Merci pour vos commentaire et désolé pour les perturbation, Gandi Blog a manifestement eu des soucis aujourd'hui. Renaud, ton IP était blacklistée par un antispam de Gandi, ton commentaire a donc été modéré.
@despe_ki_roule : oui, Webkit est libre, mais je me souviens que les relations ont été assez tendues au début entre les équipes d'Apple et de KDE, au moment du fork assez peu amical de KHTML. Apple a mis du temps avant de reverser ses modifs. Je ne sais pas comment ça se passe aujourd'hui, mais je ne crois pas qu'Apple ait une culture du développement libre, et je ne leur fait guère confiance pour jouer le jeu. Sur ce point, je ferais plus confiance à Google, qui semble plus réglo. Mais j'avoue ne pas bien connaître les implications respectives d'Apple et de Google dans Webkit, ni la façon dont le projet est piloté.
Ceci dit, je pense que la disponibilité du code sous une licence libre n'est pas une condition suffisante pour qu'un projet soit réellement libre. La question de la gouvernance se pose aussi: qui décide de la direction que prend le projet, des patchs à intégrer ou pas, etc. C'est un vaste sujet hélas trop rarement évoqué.
Je conviens que Webkit est un projet libre, digne d'intérêt. Il m'arrive de l'utiliser via Midori (hélas très instable chez moi) ou Arora, et je suis heureux que cette alternative existe. Un monopole n'est jamais bon, l'existence de deux moteurs libres est une très bonne chose, aussi bien en terme de liberté que d'innovation.
Laurentj: non ce n'est pas énorme. Dans mon milieu professionnel (des PME du Web), je ne connais aucun développeur qui utilise IE comme navigateur par défaut. Depuis des années, tous les développeurs web que je connais utilisent Firefox, Salari, ou depuis quelques mois Chrome. On ne ressort IE que pour les tests de compatibilité. Et vu les sujets abordés ici, je m'attendais à une proportion plus faible d'IE.
Quant à la place d'IE en entreprise, c'est un vrai problème, comme le montre le rapport de Forrester qui a été repris un peu partout ces derniers jours. Les grosses entreprises sont pour l'instant le bastion de Microsoft, grace à une implantation commerciale de longue date et agressive. Mais IE a un tel retard sur tous les autres navigateurs qu'il va bien falloir à un moment ou un autres que les entreprises aillent voir ailleurs. Malheureusement, je pense qu'aujourd'hui Google est la seule société à avoir les moyens (en terme d'offre commerciale, de marketing, etc) de concurrencer Microsoft sur ce terrain. Mozilla n'a pas, en France en tout cas, de hordes de commerciaux pour aller vendre Firefox aux DSI, Apple a d'autres priorités, alors que Google, via ses moteurs de recherche pour intranet et ses solutions SAAS s'attaque de plus en plus au marché des entreprises. Quant à Opéra... à vrai dire je n'en sais rien. Bref, si les entreprises basculent, et je pense qu'elles vont le faire dans les deux années à venir, cela risque d'être davantage au profit de Chrome que de Firefox. Mais j'espère me tromper.
@Renaud: non, sûrement pas de chasse, il est hors de question de faire du mal aux petits animaux. La cueillette à la rigueur.
Je ne nie pas que de nombreuses sociétés commerciales s'impliquent dans le libre. Mais le but des sociétés comme Apple, Google et compagnie est avant tout de dégager des profits rapides pour leurs actionnaires. Tout le reste n'est qu'opportunités, stratégie, etc. Des entreprises peuvent ponctuellement, pour divers motifs, s'engager dans des projets solidaires. Mais leur but n'est pas d'œuvrer pour un monde meilleur, juste de dégager de la plus-value pour leurs actionnaires. Et, de mon point de vue, c'est une logique incompatible avec la volonté dœuvrer sur le long terme pour davantage de liberté et de justice sociale.
@SiM07: Opéra a de nombreuses qualités, et je ne nie pas toutes les innovations que la société a apportées au Web. Mais le fond de mon billet est de dire que, selon moi, ce qui compte ce n'est pas la technique mais les motivations de celles et ceux qui sont derrière la technique. Quelles que soient les qualités du navigateur d'Opera, je ne suis pas libre d'en faire ce que je veux, je ne peux pas influencer sur son développement. Donc il ne m'intéresse pas. C'est une question de valeur. Pour moi, la liberté est plus importante que l'innovation technique.
Dans le cas d'Opéra, je pense qu'ils ont fait une erreur en ne libérant pas les sources de leur navigateur au début des années 2000, à l'époque où Mozilla n'avait pas encore accouché de Firefox. Compte tenu de leur avance technologique à l'époque, je pense que s'ils avaient fait ce choix, ils seraient aujourd'hui à la place qu'occupe Firefox.
Sur l'entrée de Google en entreprise : aujourd'hui pour les applis SSO se basant sur NTLM, tu n'a pas des masses de choix c'est Firefox ou IE. Chrome et Safari ne supportent pas ce mode (et c'est bien dommage pour moi au boulot).
Certes NTLM n'est pas ce qui se fait de mieux ni de plus récent mais cela a le mérite de marcher (quand les solutions basées sur kerberos ne marchent pas / sont encore parfois immatures / requiert de mettre à jours tous les domaines controlleurs de la boite).
Merci Nico, j'ignorais ce problème et à vrai dire il me surprend. Quoi qu'on en pense, NTLM est effectivement assez utilisé en entreprise et je suis étonné que ni Apple ni Google ne l'aient implémenté.
J'ai fouillé un peu et apparemment NTLM a commencé à être intégré dans Chromium en portant l'implémentation de Firefox, et un projet sur le sujet est prévu pour le Google Summer of code:
- port de l'implémentation de
Mozilla dans Chromium (par le développeur d'origine, darin);
- un demande
liée;
- le projet dans le cadre du GSoC 2009, portant sur
NTLMv2 et l'auto-logon;
Si ça arrive dans Chromium, tu peux peut-être espérer que ça hydrate ensuite Chrome et Safari.