Saloperie parce que suite aux dernières outrances de la Sacem[1], j'ai été jeter un œil à la fameuse liste des 10.000 artistes qui soutiendraient Hadopi. Et j'ai eu la tristesse d'y découvrir quelques noms que j'appréciais et dont il faudra désormais que je boycotte les disques - je ne peux pas continuer à écouter comme si de rien était les soutiens d'une loi qui voudrait m'obliger à installer un mouchard propriétaire au cœur du seul îlot de liberté à des miles à la ronde, ma babasse.

J'ai passé l'âge d'écrire à mes chanteurs préférés, pourtant, pour l'occasion, j'aurais 2 mots à leur dire.

Je t'ai découvert, ado, grâce au piratage. Je n'avais évidemment à l'époque guère la thune pour acheter des disques, et l'essentiel de mon éducation musicale s'est faite à coup de cassettes qu'on s'échangeaient, qu'on repiquaient et qu'on écoutaient en boucle jusqu'à l'épuisement sur nos Walkmans. Plus tard, quand j'ai commencer à bosser, j'ai enfin pu acheter les disques originaux et re-découvrir tes morceaux avec un son un peu moins pourri. Pendant des années j'ai acheté tes disques, fait parfois pas mal de kilomètres pour assister à tes concerts...

Aujourd'hui, c'est avec une immense tristesse que j'ai découvert ton nom sur une pétition de soutien à la loi Hadopi. Cette loi est liberticide, en ce qu'elle voudrait m'obliger à installer un mouchard sur mon ordinateur pour prouver, si l'on m'accuse injustement, que je n'ai rien partagé avec d'autres internautes. Cette loi est criminelle, en ce qu'elle menace de bannir des gens du réseau, alors que c'est un des plus formidables lieu d'échange, de partage, de découverte, de coopération qu'on ait inventé. Cette loi est en contradiction avec les valeurs que j'avais cru trouver dans certains textes que tu chantes. Surtout, si cette loi avait existé il y a 25 ans, je ne t'aurais pas découvert, ni toi ni bon nombre d'autres poètes de ta famille de cœur. C'est par les copies "pirates" que j'ai pu entrer dans ton univers. C'est par les copies "pirates" qu'à mon tour j'ai partagé tes œuvres et les ai faites découvrir à bon nombre de gens. C'est grâce à ces échanges illicites aussi que j'ai rencontré d'autres fans devenus des amis.

Qu'aujourd'hui tu soutiennes un texte qui essaie de semer la zizanie entre les créateurs et leur public, pour le profit essentiellement de quelques gavés de l'industrie du divertissement, que tu aies signé cette pétition me chagrine. Notre relation vient de changer, notre complicité en a pris un coup. J'achetais tes disques pour te donner les moyens de continuer à te consacrer à ton art. Désormais, je me contenterai de te télécharger. Ce n'est ni une menace ni un chantage, juste la tristesse et la déception d'une rupture.

Notes

[1] à cours d'arguments, ils qualifient les méthodes de la Quadrature du Net de totalitaires ! Leur lobbying est assurément bien plus démocratique que les mobilisations massives contre la loi;