C'est encore loin l'hypermédia ?
Par Clochix le mercredi 28 janvier 2009, 12:56 - Technoweb - Lien permanent
Depuis quelques temps, je sens grandir une frustration en surfant sur le Net, l'impression de perdre une liberté à laquelle je m'étais habitué depuis quelques années. La liberté de pouvoir manipuler à ma guise les contenus que je consulte.
Jusqu'à présent les contenus publiés sur la toile étaient majoritairement au format HTML. Avec l'explosion de la vidéo et d'autres formats enrichis, la situation est en train de changer. Par exemple, des sites d'information comme Rue89 ou Mediapart publient des articles mélangeant texte et vidéo. Une partie du contenu est dans la vidéo, et l'ensemble de l'article devient difficilement compréhensible sans la visionner. C'est un problème car HTML est un format ouvert qui de ce fait laisse l'internaute libre de faire de nombreux usages du contenu, des possibilités que les formats utilisés pour le multimédia interdisent encore pour l'instant.
Un récent exemple est la vidéo "The story of stuff" qui semble avoir un beau succès en ce moment. Elle est intéressante, mais frustrante. En la visionnant, je voudrais connaître la source des chiffres, des sites sur lesquels creuser, je voudrais connaître les réflexions, les précisions, des autres internautes... Le format rend malheureusement cela difficile. D'où mon impression que pour faire passer un message sur le web, (X)HTML reste pour l'instant le meilleur choix.
Grâce à (X)HTML, je peux par exemple:
- sélectionner n'importe quel bout d'information et obtenir d'innombrables données complémentaires : rechercher la définition d'un mot dans un dictionnaire, la notice biographique de quelqu'un dans une encyclopédie, les sites qui parlent de la même chose, je peux le traduire... Pour avoir une idée de tout ce qu'on peut faire, jetez par exemple un œil à toutes les commandes déjà disponibles pour Ubiquity, un des projets géniaux des Mozilla Labs;
- (X)HTML permet une forte distinction entre l'information et sa présentation. Il est simple de séparer les deux, soit pour récupérer l'information brute, sans s'encombrer de sa mise en page, soit pour l'afficher avec une autre mise en page. Par exemple l'extension Stylish de Firefox vous permet de modifier l'affichage d'une page ou d'un site entier. Si vous ne goûtez guère la présentation d'un de vos webzines préférés (taille de la fonte, largeur des colonnes, présence de gadgets perturbants dans les marges, etc), vous pouvez facilement modifier cette présentation (et si vous n'avez aucune compétence en feuilles de style, vous pouvez même utiliser celles que d'autres internautes partagent);
- comme son nom l'indique, XHTML est un langage de balisage extensible permettant d'écrire de l'hypertexte. Un langage de balisage, donc du simple texte, accessible aussi bien aux humains qu'aux machines. L'accessibilité aux personnes atteintes d'un handicap en est facilitée. Et des robots peuvent simplement le manipuler, l'indexer, voire chercher à en extraire le sens. Hypertexte, il permet donc de créer des liens entre des informations, même si cette possibilité est un peu trop sommaire à mon goût. Et il est extensible, on peut rajouter d'autres informations, par exemple avec des micro-formats. C'est donc une méthode pratique pour structurer et diffuser de l'information. Une caractéristique d'ailleurs commune à la plupart des langages de balisage. Il y a bien longtemps par exemple que je m'intéresse aux formats DocBook et DITA, plus pratiques à mon sens pour écrire par exemple de la documentation qu'un traitement de texte classique[1], et aujourd'hui XML est devenu la norme pour le stockage de données bureautiques;
- HTML permet de faire précisément référence à un élément quelconque d'un contenu. Toute page a une adresse, et à l'intérieur de la page on peut désigner tout élément, soit à partir de son identifiant, soit par exemple avec un chemin de type XPath. On peut donc théoriquement référencer avec précision n'importe quel fragment d'un contenu. Pour l'instant, cette possibilité souffre de quelques limitations: il n'est par exemple je crois pas possible d'inclure un XPath dans une URI[2]. On ne peut pas non plus pour l'instant délimiter un fragment (c'est à dire faire référence aux 3 premières phrase du 2° paragraphe)... Par ailleurs, l'utilisation de technologies telles que le HTML dynamique, AJAX et compagnie rendent parfois difficile voire impossible l'attribution à chaque information d'une adresse précise. Mais ces limitations devraient pouvoir être levées sans trop de peine. Cela permet de référencer un élément à sa source sans avoir à le dupliquer. Mais ouvre également de nombreuses autres possibilités. Par exemple annoter un texte via un serveur d'annotation (souvenez-vous du projet Annotea du W3C qui est je crois partiellement utilisable avec Amaya). En lisant un texte, je peux l'annoter sur un serveur tiers et retrouver mes annotations à mon prochain passage sur le site, ou les partager. On peut ainsi en théorie commenter n'importe quelle information et partager ses commentaires;
- je peux créer des patchworks, créer un nouveau contenu en en compilant d'autres. L'exemple le plus connu est sans doute celui des pages d'accueil personnelle. Je peux facilement me créer une telle page sur laquelle j'afficherais des bouts d'autres pages;
- avantage un peu annexe du texte sur l'audiovisuel; on peut le parcourir très rapidement à la recherche d'une information ou pour s'en faire une idée. C'est pour l'instant plus difficile avec un contenu audio, vidéo ou multimédia. Pour la génération pressée, c'est difficilement supportable. Il arrive fréquemment que je me contente de parcourir un long article pour en découvrir le sens général sans entrer dans les détails. Avec un texte, on choisit le temps qu'on consacre à l'information, avec une vidéo, ce temps est imposé;
Face à une vidéo sur Internet, ou un contenu encapsulé dans une technologie
telle que flash (je pense par exemple aux présentations comme sur SlideShare), j'ai donc l'impression de me
retrouver des années en arrière, simple spectateur, comme devant ces médias
anciens qui avaient pour nom "journaux en papier" ou "télévision"[3]. Il serait grand temps de trouver un moyen
pour essayer de rendre toutes ces technologies plus ouvertes, accessibles,
manipulables, interactives... bref, pour offrir aux contenus multimédias tout
ce que (X)HTML permet de faire avec du texte. Des pistes seraient peut-être à
chercher du côté de SMIL, dont
le W3C vient de finaliser une 3° version. Tiens, je vais aller y jeter un œil,
suite au prochain épisode 
Et vous, qu'en pensez-vous ?