Jean-Marc Rouillan est quelqu'un pour lequel j'ai un profond respect. Il a eu le courage de mettre sa pratique en adéquation avec ses rêves de liberté et de justice sociale. Attention, je ne l'idéalise pas, les surhommes et les héros n'existent que dans les BD et la propagande, je sais que c'est un homme avec ses défauts. Mais je respecte son courage dans un monde où la lâcheté est ce qu'il y a de mieux partagée, et par moi le premier.

Après avoir participé à la défaite du franquisme, Jean-Marc et ses camarades ont hélas perdu une bataille en fRance. Ils l'ont payé très cher, d'un prix à la mesure du danger qu'ils avaient représenté pour ce système et ses puissants bénéficiaires. Aujourd'hui, Joëlle Aubron est morte, Georges Cipriani et Nathalie Ménigon gravement malades.

Étonnamment, 20 années d'acharnement dans les geôles de la République n'ont pas réussi à briser Rouillan. Malgré 20 ans dont chaque seconde était soumise à l'arbitraire total de l'administration pénitentiaire, malgré les années d'isolement, les vexations, les brimades, la répression implacable de chacune de ses parcelles de liberté, il n'a rien renié, il est resté fidèle à ses rêves. Toutes les tentatives pour l'anéantir ayant échoué, l'Etat en a inventé une autre: la semi-liberté.

Emprisonné, condamné à perpet, un homme n'a plus grand chose à perdre. Le système a finalement peu de prise sur lui. Il faut donc lui donner quelque chose pour essayer de retrouver une emprise sur lui. La semi-liberté a été, d'après ses propres dires une déstabilisation complète. Ce que j'avais réussi à créer en prison, ils s'attachent à le détruire.. Elle s'accompagnent en effet de conditions drastiques, notamment l'interdiction de s'exprimer sur l'expérience AD. Elle permet surtout à l'Etat d'essayer de contrôler un peu plus cet homme libre, qui n'a jamais renoncé, jamais rien renié, qui n'a pas trahi, pas abjuré son engagement à changer la société. L'Etat veut contrôler chacun de ses gestes, chacune de ses parole, mieux encore que lorsqu'il était en geôle, en brandissant la menace d'une révocation de la semi-liberté au moindre faux-pas. Ils ont réussi à transformer la Liberté en nouvelle forme de torture. Suprêmement abject.

Le parquet, en agissant ainsi, ne fait qu'apporter une preuve de plus de la justesse du combat mené par AD: un système capable de transformer la liberté en torture ne se réforme pas: il se détruit.

(bande sonore: Le mitard, de Trust)