Quand Facebook vous trouve trop gros
Par Clochix le vendredi 5 septembre 2008, 00:43 - Paranoïa - Lien permanent
Il est parfois difficile de trouver de bons exemples pour expliquer le danger d'utiliser certains sites ou services comme Facebook ou Google. Heureusement Tristan est là, et a ramené aujourd'hui dans ses filets un article fort édifiant d'une journaliste du Washington Post : les publicités de Facebook ciblent là où ça fait mal. A lire et à méditer...
Dans son article, Rachel Beckman raconte comment, à chaque fois qu'elle se connecte à Facebook, le site lui affiche des publicités de méthodes pour perdre du poids, ce que d'aucun trouveraient peut-être un rien vexant, d'autant que ces réclames sont censées être contextuelles. A partir des informations qu'il a collectées sur elle, Facebook estime donc qu'elle est trop grosse.
Après avoir indiqué sur sa page qu'elle ne trouvait pas cela drôle, le site
a détecté que le sujet était pertinent et en a remis une couche avec des
annonces lui demandant Do you want to be a fat bride? You'd better go to
such-and-such Web site to learn how to lose weight before the big day.
(elle a signalée dans son profil être fiancée, les pubs lui demandent donc
élégamment si elle veut être une grosse mariée !). Enfin, dernier
rebondissement, depuis qu'elle est mariée, et sans doute parce qu'elle n'a pas
encore annoncée être enceinte, les publicités lui proposent à présent des
traitements contre la stérilité !
Le principal problème, ce ne sont bien sûr pas ces publicités, qu'il est toujours facile de ne pas afficher, mais bien ce qu'elles révèlent de la perception que le site a de vous, des étiquettes qu'il vous colle en extrapolant sur toutes les données qu'il collecte. Et ces étiquettes ne concernent pas que des aspects publics de votre vie, on voit bien ici qu'elles peuvent être en rapport avec des choses bien plus intimes, comme de possibles soucis de santé: problèmes de poids, de stérilité, et pourquoi pas d'alcoolisme ou de dépression si vous mettez à jour votre statut pour signaler une séparation, ou notez vos rendez-vous chez le médecin sur un calendrier en ligne.
Imaginez à présent les conséquences de ces étiquettes si les sites revendent ces données ou les perdent.[1] Imaginez que ces informations arrivent entre les mains d'un futur employeur, d'un banquier à qui vous demandez un prêt, d'un assureur à l'heure de recalculer vos primes... La plus infime information que vous livrez à ces sites en utilisant leurs services (y compris les moteurs de recherche qui connaissent à la minute près toutes vos préoccupations) est analysée[2] et leur sert à vous ranger dans des catégories, à vous coller des étiquettes, justes ou erronées, peu importe, qui vous colleront à la peau et pourront avoir des conséquences risibles comme l'affichage de ces publicités, ou nettement moins drôles lorsqu'elles auront un réel impact sur votre vie.
Finalement, refuser d'utiliser Facebook, Gmail, MSN, etc, pour essayer de limiter les informations que ces sites collectent sur vous, ce n'est peut-être pas forcément que de la paranoïa...
Pour aller plus loin...
- <copinage>l'excellent Jean-Marc Manach, spécialiste des questions de vie privée, publie un article dans le Diplo de ce mois-ci et a une actualité assez chargée</copinage>
- <autopromo>en écrivant ce billet je suis tombé sur un article expliquant comment n'importe quel site peut facilement cerner le profil de ses visiteurs. Je me suis empressé de faire quelques tests...</autopromo>
Notes
[1] chaque semaine les médias rapportent que des millions de données personnelles sont égarées par des organismes comme les banques, la police, l'armée... Facebook, Google et compagnie ne sont pas à l'abri
[2] si vous n'êtes pas convaincus, lisez et relisez les hallucinantes condition d'utilisation de Google
Commentaires
Je pense discuter ça un jour sur un blog, mais j'ai à peu près un avis opposé à celui que vous exprimez dans votre conclusion.
Nous savons tous que, d'une manière ou d'une autre, nous sommes fichés, par divers organismes et/ou sociétés privées. Nous n'y pouvons pas grand'chose, à moins de demander -mais qui le fait réellement- le fameux droit de rectification de la loi de 1978 (qui par ailleurs, ne doit s'appliquer qu'en France).
C'est pourquoi je pense qu'afficher un certain nombre d'informations *quelque part* sur le Net peut permettre que les étiquettes dont nous sommes affublés soient les plus pertinentes possibles.
Ceci dit, on ne sera jamais vraiment à l'abri des erreurs algorithmiques de certains outils (comme c'est visiblement le cas avec R. Beckman) ...
@raphix : les deux démarches sont je pense complémentaires, dans le cadre de la gestion de son identité en ligne. Le but étant de garder un minimum de contrôle sur celle-ci. Donc effectivement communiquer sur son identité, via un CV, un blog, toutes les traces que l'on laisse avec sa signature, mais se méfier des systèmes qui collectent des informations plus ou moins à notre insu. Je veux pouvoir envoyer des mails sans me dire en permanence que Google va les lire et s'en servir pour dessiner mon profil, quelle que soit la pertinence de celui-ci. Ca ne le regarde pas, c'est tout.
De plus il faut je pense distinguer les spères publiques et privées (la pertinence de cette distinction en fonction des évolutions du web est un vaste débat).Google, Facebook and co s'immiscent dans ma spère protégée ou privée, et je trouve cela parfaitement indiscret. Rapporté à la vie de l'autre côté de l'écran, cela revient à être suivi en permanence par quelqu'un qui écoute tout ce qu'on dit, note tout ce qu'on fait, et s'en sert pour faire des rapports sur nous. Est-ce qu'on le tolérerait ?