Il y a des techniques vieilles comme le monde mais qui marchent à chaque fois. Pour planquer une saloperie, la sortir pendant les vacances, lui donner un petit nom sympa... Ce coup-ci, c'est au tour d'Edvige.

Dans le cadre de la fusion des différents services chargés de lutter contre l'ennemi intérieur, un simple décret vient de mettre en place un fichage généralisé et méticuleux de l'ensemble de la population française.

Généralisé ? Le fichier cible explicitement les personnes physiques âgées de treize ans et plus qui ont sollicité ou exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ainsi que sur les individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public. Le trouble à l'ordre public est comme l'outrage un concept des plus flous, laissé à la libre interprétation de l'autorité qui le constate. N'importe qui est susceptible de troubler l'ordre public. Fini l'hypocrisie, le décret n'utilise même plus l'excuse habituelle de la lutte contre les pédophiles nazis, il cible ouvertement l'ensemble de la population.

Méticuleux ? Dans une tentative pour faire croire qu'elle sert à quelque chose, la CNIL se réjouit que les données concernant l’orientation sexuelle ou la santé de ces personnalités ne soient enregistrées que de « manière exceptionnelle ». Ce qui signifie en creux que le fichier va collecter ce type d'informations. Collecter aussi les opinions politiques et religieuses, les déplacement, les fréquentations... Que restera-t-il de la vie privée ? Rien, nada, pulvérisée d'un simple décret, désormais tout sera en fiches. Et vous avez intérêt à être sages. Car, et c'est une des finalités avouée de l'opération, les services de police pourront utiliser ces informations dans le cadre d'enquêtes sur les personnes postulant à certains emplois. Vu la porosité des fichiers de police aux officines de barbouzes, pardon, d'intelligence économique, on peut se douter que n'importe quelle entreprise pourra se renseigner sur les candidats à un poste.

Ce fichier marque une étape de plus dans la mise en place d'un contrôle social global, d'un panoptique, terme utilisé pour désigner une forme d'architecture carcérale où tous les gestes sont surveillés, dans le but de créer un « sentiment d'omniscience invisible ». Jour après jour la surveillance se fait de plus en plus intrusive, chacun peut sentir l'oeil au dessus de soi en train de scruter le moindre geste, d'analyser le moindre comportement, et chacun intériorise cette surveillance, ose de moins en moins de peur de sortir du droit chemin et d'être aussitôt repéré, dénoncé, mis au pilori... Surveiller et punir, vieille devise des sociétés totalitaires. Pour la surveillance, c'est pratiquement fait. Pour la punition, c'est en route.

Ah, et s'il vous reste encore un peu de voix pour gueuler, je vous rappelle 2 lois à venir Hadopi et Lopsi 2 qui vont mettre en place une surveillance généralisée et un filtrage de tous les réseaux de communication, créer un fichier de plus ("Périclès") qui compilera toutes les informations dispersées dans d'autres fichier, et autoriser les flics à installer des mouchards dans les ordinateurs. Et pour faire bonne mesure, les députés européens risquent de voter ces prochains jours de nouvelles mesures pour imposer un flicage systématique de toutes les activités de communication. N'en jetez plus, la bassine est pleine !