Clochix

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lundi 13 décembre 2010

Sur l'échec de l'expérience de cet outil

Vendredi, je me suis rendu à l'évidence : l'expérience de ce carnet est un échec. J'ai donc décidé de le fermer, et, par dépit, de faire disparaître les traces de cet échec, en mettant hors ligne tous les billets.

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lundi 25 octobre 2010

A la caisse ou à la casserole ?

Résumé si vous avez la flemme de lire mes longues digressions : nous sommes en train de vivre des heures importantes où le pouvoir nous somme de choisir entre deux modèles de société, l'un individualiste, l'autre solidaire. Si nous optons pour le second, il est important de poser des actes pour concrétiser notre choix, par exemple en soutenant financièrement les grévistes. Maintenant.

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lundi 6 septembre 2010

Question d'identités

Je suis né dans une famille française depuis quelques générations, dans une ville française depuis quelques années. Je suis donc français, c'est ainsi. Je suis né dans une famille issue pour partie du monde ouvrier, pour partie des classes dites moyennes, et par ma naissance comme par mon parcours et mes choix professionnels je fais aujourd'hui partie de ces classes dites moyennes. C'est ainsi. Je ne tire ni fierté ni honte d'être un français de classe dite moyenne. Je ne l'ai pas choisi, je ne vois pas pourquoi j'en serais fier ou honteux. Cela fait partie de mon identité, c'est une parcelle de ce que je suis. Mais de loin pas la plus importante à mes yeux, parce que je ne l'ai pas choisie. Je suis français de classes moyennes. Je suis aussi geek. Ca par contre, je l'ai en partie choisi. Je ne sais trop comment m'est venue cette passion, mais j'ai choisi de la développer, d'en faire mon métier, de la vivre quasi-quotidiennement. Cela fait partie de mon identité, c'est une parcelle de ce que je suis. Une à laquelle je tiens. Je n'en ai pas honte mais n'en suis pas fier non plus. Pas de quoi en être fier, cela ne m'a pas demandé beaucoup d'efforts ni de gros sacrifices, et m'apporte du plaisir. Je suis geek. Je m'intéresse à la liberté. J'ai tendance à penser que je ne peux pas être libre si je vois des semblables qui ne le sont pas. J'ai tendance à penser que je n'arriverais pas tout seul à être libre et qu'il est normal qu'en échange d'une aide j'aide moi aussi mon semblable. Cela fait partie de mon identité, c'est une parcelle de ce que je suis. Une à laquelle je tiens. Je n'en ai pas honte mais n'en suis pas fier non plus. Je m'intéresse à la liberté. Je suis galérien. J'ai remarqué depuis longtemps qu'il y avait des gens qui ramaient, d'autres qui maintenaient la cadence à coups de fouet, et quelques-uns qui profitaient de la croisière. Je me suis toujours senti plus proche des rameurs que des gardes-chiourmes ou des profiteurs du pont supérieur. Sans doute parce que je suis moi-même un galérien, mais aussi parce que je ne m'imagine pas manier le fouet ou profiter du travail d'autrui. Je suis galérien et me sens solidaire de mes collègues de galère. Ca fait partie de mon identité, c'est une parcelle de ce que je suis, sans honte ni fierté. Je suis galérien. Je suis citoyen du monde. L'endroit physique où je suis n'a que peu d'importance à mes yeux. Grâce à ce merveilleux outil qu'est Internet, toute la journée je reçois des nouvelles et discute avec des gens des cinq continents. Je partage des instants de vie, des petits joies, des petites peines, avec des tas de gens sans que la question de leur nationalité, de leur genre ou autre me soit jamais venue à l'esprit. Je suis citoyen du monde. Je suis plein d'autres encore, je pourrais continuer à décliner ainsi les fragments de mon ou de mes identités, une part d'identité de genre, une part d'identité sexuelle, etc.

Mon identité est multiple. Faites de bric et de broc, de fragments assemblés comme je peux, des parcelles assignées à la naissance, d'autres choisies et cultivées en cours de route. J'attache évidemment beaucoup plus d'importance aux secondes. Une chose est sure : mon identité n'est pas nationale.

Avec chaque parcelle vient une histoire, histoire collective et histoire personnelle de la façon dont je l'ai agrégée pour devenir ce que je suis aujourd'hui. Avec chaque parcelle vient une culture, des rites, des mythes, des références, etc. Je suis français et hérite de l'histoire de France, je suis geek et adhère à la culture des hackers, je m'intéresse à la liberté et fais mienne l'histoire de celles et ceux qui se sont battus pour la liberté ou ont défriché de nouvelles voies. Je suis galérien et revendique l'héritage des galériens de toutes les époques, leurs combats, leurs victoires et leur défaites, je les intègre à mon histoire. Et ainsi de suite, mes racines plongent dans de nombreuses sources, puisent dans chaque parcelle de mon identité pour me construire.

Mon identité est ainsi, multiple, complexe, floue bien sûr, en constante évolution, et le sera tant que je serai vivant.

Parfois il faut défendre des parcelles de son identité que l'on sent attaquées. Face à l'adversité, face aux menaces sur le présent ou le futur, face à la peur, une des meilleures armes est la solidarité, l'action commune. Solidaire, oui, mais de qui ? Mon identité me définit, elle définit aussi les miens, celles et ceux qui me ressemblent, en qui je vois un peu de moi, que j'ai envie d'aider en espérant qu'ils m'aident aussi en retour, avec lesquels j'ai envie de me regrouper lorsqu'une menace s'attaque à un de nos traits communes, ou pour créer un monde où il fera meilleur vivre pour nous. Ce que je suis détermine de qui je me sens solidaire. Je ne me sens pas français, mon identité n'est pas nationale, mes solidarité non plus. Je ne me sens pas proche de quelqu'un sous prétexte qu'il partage certains éléments faibles, innés, de mon identité: nationalité, sexe, couleur de peau, etc. Je me sens proche et solidaire par contre de ceux qui ont choisi, ou choisi d'assumer, des identités auxquelles je suis attaché : geeks, amoureux de la liberté, galériens du monde... Ce sont ces identités qui sont aujourd'hui les plus attaquées, les plus niées, et à travers elles les solidarités qu'elles génèrent. Ce sont ces identités et ces solidarités qu'il est le plus urgent de ré-affirmer, de ré-activer, de ré-enchanter. Refuser l'injonction à se définir et se solidariser en fonction de sa naissance, de sa religion, de son âge, mais au contraire s'affirmer galérien du monde, geek amoureux de liberté, etc. Et se serrer les coudes, s'entraider, entre galériens, entre geeks.

Parmi d'autres choses je suis galérien. Héritier d'une histoire, libre d'écrire de nouvelles pages ou de l'oublier, gardien d'un patrimoine, libre de le protéger, de le faire fructifier, ou de le laisser s'effriter. Parmi cet héritage, des outils que les galériens ont créés au fil des siècles, à force de solidarité, des outils pour rendre la vie moins dure en s'entraidant. Des caisses de secours mutuel par exemple pour aider celles et ceux d'entre eux qui pour une raison quelconque ne pouvaient pas subvenir à leurs besoins. Ces caisses se sont peu à peu institutionnalisées et étendues, jusqu'à protéger une majorité d'entre nous, du moins à l'intérieur des frontières de cette archaïque division qu'est le pays. Aujourd'hui, ces caisses me garantissent l'accès à des soins si je tombe malade, un revenu si pour cause de maladie, ou de chômage je ne peux pas travailler, ou pour quand je serai trop fatigue pour continuer à ramer. Leur fonctionnement essaie d'être juste, demandant à chacun en fonction de ses moyens et lui donnant ce dont il a besoin. Le système est bien sûr encore loin d'être parfait, mais il a fallu des dizaines d'années pour le mettre en place, et l'améliorer ne tient qu'à nous. Ces mécanismes d'entraide font partie intégrante de mon patrimoine, de mon identité, de ce que je suis. Parce qu'ils sont le fruit des efforts des galériens dont je suis un héritier, parce que c'est en partie grâce à eux que j'ai pu recevoir une éducation, et qu'aujourd'hui je peux vivre sans trop m'inquiéter des aléas, en sachant que s'il m'arrive quelque chose la solidarité de mes pairs m'aidera. La protection sociale, mais aussi les services publics, ne sont pas des abstractions extérieures, ils font partie de mon patrimoine. S'en prendre à eux, c'est s'en prendre à moi et à tous ceux et celles qui partagent avec moi cette identité de galérien.

C'est parce que je suis un galérien du monde que j'ai manifesté le 4, que je manifesterai à nouveau le 7. Parce que je me sens directement concernée aussi bien par les appels à la haine entre frères de galère que par les attaques contre le système d'entraide. Dans les deux cas, c'est à des parties importantes de ce que je suis qu'on s'en prend. Dans les deux cas, je ne peux pas me laisser déposséder, aliéner, sans réagir.

La manifestation, la grève même, peuvent paraitre de bien dérisoires réactions. A quoi bon se demandent de plus en plus de gens avec lesquels je discute. Sans doute pas pour faire reculer le pouvoir. Car s'il fallait lui reconnaître un mérite, ce serait son honnêteté : il ne cherche même plus à donner l'illusion d'une quelconque légitimité démocratique, et se moque de nos gesticulations. A moins d'un mouvement réellement fort, il ne prêtera aucune attention à nos grèves et nos manifestations. Et en cas de mouvement fort, il s'est donné les moyens d'assurer la répression, symboliquement avec le contrôle étroit d'une partie des médias, et physiquement avec des cerbères toujours plus militarisés et complètement coupés de la population.

Alors pourquoi faire grève et manifester ? D'abord pour agir par moi même, sans me reposer sur des intermédiaires, parce qu'il m'est insupportable de rester assis les bras croisés sans rien faire face à tant de saloperies. Alors même si on n'y croit guère, mieux vaut essayer que s'avouer tout de suite vaincu. Ensuite parce que la grève et la manifestation sont des mouvement collectifs, où l'on se retrouve sur des bases relativement claires, ici en tant que galériens. On peut alors se compter, se rendre compte qu'on n'est pas seuls, qu'on est même si nombreux qu'on a sans doute de la force. Une grève suivie, une grosse manifestation, font prendre conscience de notre existence commune de galériens qui partageons finalement plus de choses qu'on pourrait le croire. Se sentir moins seuls redonne de l'énergie, on réalise qu'on peut peut-être compter sur beaucoup de gens. Espaces collectifs, la grève et la manifestation peuvent aussi, si on s'en donne les moyens[1], être des lieux de rencontre, d'échange, de réflexion, d'élaboration. Des pauses dans le quotidien du métro-boulot-dodo où l'en prend enfin le temps de souffler, de s'informer, de réfléchir, d'inventer. Où l'on se retrouve entre collègues soudain non plus à grommeler contre nos conditions de travail et de vie, mais à lutter ensemble pour les améliorer.

Bien sûr une journée de grève, une manifestation, ne suffiront pas. Elles n'ont réellement de sens qu'en tant qu'étapes. Bien sûr ce ne sont pas les seules formes d'action possibles, à chacun de choisir celles qui lui conviennent le mieux. Mais encore une fois, par l'investissement personnel qu'elles demandent comme par leur caractère collectif, ce sont des formes de lutte à ne pas négliger, et que j'aimerais que de plus en plus de galériens de ré-approprient. Voilà. J'espère qu'on sera nombreux et nombreuses dans la rue mardi[2]. Je compte sur vous !

Notes

[1] donc entre autre en sortant du cadre balisé par les fossoyeurs confédéraux des "journées d'action" sans lendemain et des manifs traine-savate;

[2] D'un point de vue pratique, et parce qu'on me pause souvent la question, je rappelle que dans le cadre d'un mouvement national comme celui du 7 septembre, tous les salariés du privé ont le droit de faire grève, quelle que soit la taille de votre entreprise ou le nombre de grévistes, quel que soit votre statut. Vous n'avez pas besoin d'être syndiqués ou de prévenir à l'avance. Juste d'indiquer à votre patron le jour même que vous êtes en grève. Il vous retiendra une portion de salaire proportionnelle au temps non travaillé, mais toute sanction directe ou indirecte serait illégale. Et comme je vous conseille de ne pas me croire sur parole, allez vérifier.

vendredi 6 août 2010

La fourrière, vraiment ?

Aller et venir est un droit fondamental. Un de mes préférés. J'aime profiter de cette liberté pour me déplacer à ma guise. Parfois à pieds. Parfois en transports en commun. Parfois avec mon propre véhicule.

Stationnement interdit - source http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Panneau_B6a1_version_1967.JPGUn droit n'est autre chose qu'une déclaration de principe que si je dispose des moyens de l'exercer. Dans le cadre du droit d'aller et de venir, ces moyens ce sont par exemple l'existence de voies de circulation, de transports en commun et d'emplacements où garer mon véhicule. Ce dernier point n'est pas anecdotique. Il demande de trouver un équilibre parfois difficile entre l'existence de places de stationnement, nécessaires à l'exercice de la liberté de circulation, et les désagréments que ces zones peuvent créer.

Parfois, je ne trouve pas d'endroit où me garer, et je dois "improviser", c'est à dire sombrer dans l'illégalité en stationnant à un emplacement qui n'est pas prévu pour. J'essaie de le faire en minimisant la gène, mais elle existe toujours, et le risque de sanction : prune ou enlèvement du véhicule. Une sanction injuste s'il n'existait pas pour moi d'autre solution raisonnable. J'ai violé la loi par nécessité. Tout est ensuite question d'intelligence : il est stupide de se garer n'importe où lorsqu'un parking existe à proximité. Il n'est pas légitime de se garer en travers du trottoir, sur un passage piéton ou devant une porte. Mais légitime de stationner hors des emplacements balisés s'il n'existe pas d'alternative raisonnable et que ça ne cause pas un tord disproportionné à autrui. Que celle ou celui qui ne l'a jamais fait me jette le premier anathème, que celle ou celui qui n'a pas trouvé injuste d'être sanctionné pour avoir stationné à un endroit illégal lorsqu'il n'y avait pas d'alternative me cloue au premier pilori.

Je crois que nous sommes nombreux à agir ainsi, et à trouver injuste d'être sanctionnés pour cela. Parmi nous, certains vivent dans leur véhicule. Par choix ou nécessité ils vivent une existence nomade, une vie de voyages, rendue possible par ce droit fondamental des humains, aller et venir. Ils sont peu nombreux et on les connaît mal, car ils ne font que passer fugitivement dans nos vies. On les connaît mal et on en a donc peur. Mais ce sont juste d'autres humains qui circulent comme nous, et qui comme nous ont parfois besoin de s'arrêter, de stationner leur véhicule-maison. Le droit d'aller et de venir implique qu'ils aient des endroits pour cela. Des places pour se garer. Si ces endroits n'existent pas, leur droit d'aller et de venir n'est pas respecté. Et si un droit est refusé arbitrairement à l'un de nous, il peut l'être à chacun, il peut l'être à tous. Les nomades ont le droit comme tout le monde d'avoir des endroits où garer leurs caravanes. Et si ces endroits n'existent pas, il est légitime qu'ils se garent à des endroits non prévu pour, comme nous le faisons de nos propres véhicules. Il est légitime qu'il violent une loi sur le stationnement au nom d'une loi de portée plus élevée leur assurant le droit d'aller et de venir. Oui, il existe des campements illégaux. Mais rarement illégitimes. Et le meilleur moyen de lutter contre ces campements illégaux, c'est de créer des emplacement légaux, des emplacement où le droit serait réellement respecté, c'est à dire pas entre les voies de chemin de fer et les autoroutes, pas en rase campagne sur les terrains d'épandage d'une station d'épuration. La meilleure façon de lutter contre l'illégalité est de rentre la légalité possible. Pas de droits sans devoirs mais pas de devoirs sans droits. Pour moi, la meilleure façon de lutter contre le stationnement chaotique est de créer des places de stationnement, pas de supprimer les véhicules. Mais manifestement 80% de mes concitoyens préfèrent la fourrière. La fourrière, vraiment ?

Quatre sur cinq. Si l'on en croit un sondage quatre personnes sur cinq approuvent des discours fascisants. Fascisant est utilisé sans outrance, certains discours actuels reprennent fidèlement des idées qui ont caractérisées plusieurs des fascismes européens de la première moitié du XX° siècle. Je ne dis pas que ceux qui profèrent ces discours sont des fascistes, non plus que ceux qui les applaudissent. Je dis que les uns tiennent des propos fascistes, et que les autres approuvent ces idées. Tout comme d'autres populations, ni plus bêtes, ni moins éduquées, ni plus méchantes ou monstrueuses que nous, ont approuvé ces idées dans les années vingt et trente. Je n'accorde guère d'importance aux sondages, mais on ne peut les nier totalement, et celui-ci ne peut ni ne doit être ignoré. L'idée que sur cinq personnes que je croise dans la rue, ou bistro ou au bureau, quatre approuvent des discours fascisants, m'est insupportable. J'ai cru percevoir dans ma timeline que je n'étais pas tout à fait seul. J'espère que la réponse ne restera pas cantonnée à la twittoblogosphère. Le Web n'est beau que libre, mais dans un monde lui aussi libre.

Source de l'illustration: http://commons.wikimedia.org/wiki/F... - image originale publiée sous GNU/FDL, comme donc cette version légèrement modifiée.

dimanche 20 décembre 2009

L'avenir est encore à Pic de la Mirandole

Mon rapide billet de la semaine dernière, pointant certains des dangers de Chrome, a eu certain succès, à l'échelle de ce blog, me rassurant sur le fait que je ne suis pas tout seul à m'inquiéter de l'ombre toujours plus grande de Google. Ca ne l'a évidemment pas empêché de continuer sa marche, par exemple en expérimentant des algorithmes adiabatiques sur un processeur quantique. Aujourd'hui c'est encore de la science-fiction, mais si ces recherches aboutissent l'informatique risque d'entrer dans une nouvelle ère et la perspective de créer une intelligence artificielle se rapprocher fortement. Rien d'étonnant donc que Marissa Mayer, vice-présidente chargée de la recherche et de l'expérience utilisateur, estime que Google pourra bientôt deviner ce que vous allez chercher et vous le présenter avant même que vous ayez formulé la requête.

Mais peut-être qu'une réponse aux légitimes inquiétudes que génère Google a été apportée il y a plus d'un demi-siècle. En 1953, Albert Ducrocq, un des pères de la cybernétique, inventa un "robot poète". André Parinaud, rédacteur en chef de la revue Arts, s'en inquiéta. Boris Vian le rassura d'une lettre titrée Un robot-poète ne nous fait pas peur parue dans le numéro d'avril 1953 de cette revue, et dont j'ai retrouvé cet extrait:

Le monde est au mains d'une théorie de crapules qui veulent faire de nous des travailleurs, et des travailleurs spécialisés, encore: refusons Parinaud. Sachons tout. Sachez ce qu'il y a dans le ventre de ce robot. Soyez un spécialiste de tout. L'avenir est à Pic de la Mirandole. Mirandolez, éclaboussez ce robot poète de vos connaissances en cybernétique, expliquez-lui comment il marche et vous l'aurez tout humble à votre merci. Pour faire tout ce que vous feriez-si l'on vous avait bien élevé- il faudrait qu'il pesât des tonnes, le pauvre. Alors laissez le venir et d'un ton méprisant, avec un regard de haut, lancez-lui : "Va donc, eh GROS robot !"
Pas un être sensible ne résista à ça, et un robot qui veut maigrir est un robot foutu, car il ne s'use pas, comme nous, dans la masse. Il devient faible, s'anémie, mais d'un coup: il se casse; et s'il se répare lui-même, les crabes aussi. Un dernier conseil: ne vous tourmentez pas. Quand le monde sera plein de robots, quoi de plus facile que d'en inventer un doté, par construction, de la haine de son espèce? Alors, tous transformés en Nérons aux mains blanches, nous jouerons de la lyre avec une ficelle et une boîte de conserves en regardant flamber à nos pieds les hangars où les robots se tordront dans les braises comme de présomptueuses fourmis, aux accents majestueux d'une chanson composée par un jongleur prodige de deux ans élevé dans les pattes d'une tigresse à l'abri du monde civilisé.
Votre serviteur dévoué: Boris Vian "

Cet appel me semble d'une brûlante actualité. Hier comme aujourd'hui, l'avenir est à Pic de la Mirandole, c'est à dire à l'honnête homme au sens classique, dont la culture constitue l'une des meilleures défenses.

Mais au delà de la question de l'arrivée des robots poètes et de leur descendant Google, ce texte résonne aussi avec d'autres travers de notre époque. J'ai un peu honte de faire le lien, et j'espère que Bison Ravi me pardonnera de le citer dans la même phrase que les médiocres que nous avons élevés au rang de dirigeants. Mais lorsqu'il parle de la théorie de crapules qui veulent faire de nous des travailleurs spécialisés, je ne peux m'empêcher de faire le lien avec les incessantes attaques contre l'éducation et la culture menées depuis des années par les gouvernements successifs. Attaques qui se traduisent par exemple ces derniers jours par de nouvelles suppressions de postes dans l'éducation et la décision de ne plus enseigner l'histoire dans les classes de terminales scientifiques. Attaques que résume par exemple Zébulonne, une enseignante lectrice du Monde dont je me permet de citer quelques phrases : (...)Que voulons-nous donc : une génération qui n'aura pas de dettes mais pas trop de tête non plus ? Il suffit bien que certains — les chefs — pensent ; ils diront aux autres ce qu'ils doivent faire — telle semble être la philosophie implicite de mon ministère. Les enfants de ceux qui ont un capital économique et/ou culturel pourront toujours aller se former dans des écoles privées où on leur apprendra le maniement de la langue qui permet éventuellement le maniement des autres, ou recevront à la maison les bases nécessaires à leur bon développement et à leur épanouissement personnel. (...) On sent désormais une lutte idéologique s'associer à l'objectif budgétaire pour supprimer ou diminuer l'influence de matières qui pourraient aider les élèves à réfléchir par eux même, c'est à dire contre l'idéologie dominante (...)

A vrai dire, les attaques contre l'apprentissage de l'histoire n'ont rien d'étonnant. L'histoire est la mémoire des vainqueurs, et ces temps-ci les vainqueurs se sentent si sûrs de leur fait qu'ils n'hésitent pas à la malmener et à la ré-écrire entièrement dans leur sens. Dès 2008, une cinquantaine d'écrivains dénonçaient Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France. Deux exemples connus sont le cas de Guy Moquet, fusillé sur proposition de collabos français parce que son père était communiste et honteusement récupéré, et le fameux discours du 12 novembre 2009 à La Chapelle-en-Vercors, où Sarko n'hésite pas à proclamer Depuis deux cents ans, à part l'expérience sanglante de la Terreur, nul totalitarisme n'a menacé nos libertés. C'est que la culture française est irréductible au totalitarisme. Ce petit[1] homme a décidément un problème avec l'histoire de la France entre 1939 et 1945. Il faut dire qu'il a un conseiller, Patrick Buisson, qui ne semble pas tout à fait avoir renié ses engagements de jeunesse à l'extrême droite et a une position pour le moins iconoclaste sur la période de Vichy. Mais après tout, à trop étudier l'histoire de fRance, si on n'omet pas d'y mentionner quelque rafle du Veldiv, quelques massacres du côté de Sétif, Madagascar, ou Paris, quelques grands succès des exportations d'un des principaux savoir-faire nationaux, la torture, à trop étudier dans son exhaustivité l'histoire de ce confetti sur la mappemonde, il pourrait se trouver moins de gens fiers d'avoir eu le hasard d'y naître — on a les fiertés qu'on peut —, et un peu plus pour établir des parallèles entre certaines politiques contemporaines et celles menées à d'autres époques. Or ces parallèles sont désormais en voie d'interdiction.

Contre les dangers de certaines avancées technologiques comme contre ceux de la réaction triomphante, nous n'avons pas trop le choix : mirandolons, mirandolons ! Ils voudraient faire de nous des consommateurs passifs, des marionnettes décérébrées, aculturées, tout juste bonnes à mettre dans l'isoloir le bulletin que l'on nous aura indiqué. C'est un destin tranquille, qui a l'avantage de ne pas demander trop d'effort. Mais si vous ne le trouvez pas satisfaisant, il va falloir que nous reprenions en main collectivement notre éducation, que nous échangions nos savoir, que nous nous entraînions notre esprit critique, notre dialectique. Que nous créions 1, 2, 3, de nombreuses Wikipédias et les améliorions sans cesse. Que nous en profitions aussi pour réhabiliter certains domaines depuis longtemps relégués aux marges des programmes scolaires. Imagine-t-on être autonome sans savoir réparer soi-même son vélo ou son ordinateur, sans savoir cuisiner ou créer un site Web ? Imagine-t-on être libre en ignorant l'Art ? Pourtant, à l'école de la République, l'Art et la Technique sont des citoyens de seconde zone (à l'image d'ailleurs du mépris de la société pour les artistes et les techniciens). Il est grand temps de permettre à chacun et chacune de découvrir la peinture, la mécanique, la cuisine, l'informatique, la musique... et la bidouille de Web, évidemment, je n'allais pas oublier mon obsession. Allons, tous ensemble, mirandolons, mirandolons !

Bon, allez, partez pas, je vous promet que mon prochain billet sera consacré à des geekeries !

Notes

[1] pas par la taille, même si elle a sans doute un rôle à jouer dans ses complexes je ne me permettrais pas de le moquer sur son physique. Petit comme synonyme de médiocre;

jeudi 3 décembre 2009

Commentaire sur l'introduction au De Viris Biduiabilitus

Comme vous l'aurez peut-être remarqué, j'ai à nouveau dû reprendre le joug pour nourrir le crohonde en pizzas. Je n'ai donc hélas plus le temps de me tenir informé de l'actualité[1] et de la partager, encore moins de me répandre ici, et ne parlons même pas de coder :( Malgré quelques tentatives je n'arrive toujours pas à me plier au diktat des 140c. Il faudrait que je trouve un système de mini-carnet où j'ose laisser de courtes ébauches de brouillons comme celle-ci, mais je n'ai encore rien vu de satisfaisant.

M'enfin, la bidouillabilité est un sujet qui me tient à cœur, et comme Tristan lance une série sur le sujet je vais essayer de jeter ici au fur et à mesure quelques commentaires.

Notes

[1] mensonge, je vis accroché aux tubes de perfusion qui me tournent la tête de gazouillis;

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samedi 10 octobre 2009

A quand une plate-forme libre de partage de présentations ?

Entre le Mozilla Camp de Prague et ParisWeb, beaucoup de présentations passionnantes ont été données ces derniers jours. Comme je ne me suis rendu ni à l'un ni à l'autre, je guette avec avidité l'apparition en ligne des supports... qui finissent toujours par arriver sur Slideshare, c'est à dire un site utilisant exclusivement Flash[1]. C'est particulièrement ironique pour les présentations des Moziliens, alors que la Fondation ne cesse de promouvoir le Web Libre. Pour moi, Slideshare n'a rien à voir avec le Web Libre. Portant, depuis longtemps existent des outils permettant d'afficher en ligne des présentation en utilisant uniquement des technologies du Web : HTML, CSS, JavaScript. Par exemple S5 d'Eric Meyer ou Slidy du W3C. Alors a quand l'ouverture d'un site proposant les mêmes fonctionnalités que Slideshare, mais basé sur les technologies du Web Ouvert ? Le site de Mozilla pour les développeurs héberge déjà quelques présentations, cela pourrait être un bon début pour héberger des présentations sur l'Open Web utilisant ses technologies...

Oui, je sais, j'ai qu'à le faire, mais en l'occurrence le problème ne me semble pas tant technique que politique: il faudrait prendre la décision de lancer une telle plate-forme, le reste ne serait qu'un détail.

PS: et comme je suis un utopiste, est-ce que pour les vidéos, il n'y aurait pas moyen d'en avoir au moins une copie sur des sites offrant de l'Ogg Theora, comme Dailymotion, plutôt que de devoir utiliser des scripts GreaseMonkey pour regarder celles hébergées sur YouTube, Vimeo ou autre (et je ne parle pas des vidéos Flickr, je n'ai toujours pas réussi à regarder la cultissime I Love This Community!) ?

Notes

[1] et leur lecteur ne fonctionne ni avec Swfdec, ni avec Gnash, j'en suis réduit à utiliser mon hack pour réussir à les visualiser avec S5

samedi 3 octobre 2009

Vrac du vendredi

  • Devinette : qui a déclaré Nous réalisons également une économie de charges salariales de 62 000 euros par ans, grâce à l'engagement de (...) bénévoles. ? Un quelconque patron voyou ? Presque. C'est en fait une ancienne candidate à l'élection présidentielle, dans un communiqué à propos d'une des meilleures blague de l'année, son nouveau site. Par économie de charges salariales faut-il comprendre licenciements ? En tout cas, elle fait preuve de modernisme, remplacer des emplois payés par des stagiaires ou des bénévoles est dans l'air du temps. Quant à qualifier de charges les salaires, cela ne laisse guère de doute sur le camp dans lequel se situe l'auteure du communiqué : sûrement pas celui des travailleurs.
  • J'avais déjà lu de nombreuses critiques du livre Comment le peuple juif fut inventé, de l'historien Shlomo Sand. Celle que donne Matthieu Calame au site La vie des idées sous le titre Aux origines du roman national israélien est d'autant plus passionnante qu'elle ne se focalise pas sur la seule question de la nation israélienne, mais fait une large place à l'analyse du concept de nation. J'ai particulièrement apprécié cet extrait de l'analyse [Hans] Kohn considère en effet deux familles de nationalismes aux effets radicalement différents : d’une part, un nationalisme libéral et civique, de cooptation, insistant sur l’adhésion volontaire et consciente de l’individu à la nation (...); d’autre part, un ethnonationalisme, essentialiste, biologisant et « volkiste », pour lequel l’appartenance de l’individu à la nation est prédestinée. Cette conception triomphera en Europe centrale et orientale, dans des États où les élites aristocratiques, sur la défensive au sein de leur « empire », privilégieront un nationalisme sans démocratie. A votre avis, à laquelle ce ces deux visions de la nation se réfèrent des gens capable de créer un ministère pour défendre l'identité nationale ?
  • Entendu jeudi sur Intox, un bout d'interviou de salariés de France Telecom. Un petit chef qui menace de retirer une journée entière de salaire à ceux qui prennent part à une minute de silence en mémoire d'un de leur collègue suicidé, un autre petit chef qui, à propos d'un travailleur qui s'est jeté d'un pont, plaisante qu'il avait sans doute juste oublié son élastique... Avoir renommé en "manager" les petits chefs et autres caporaux n'y change rien: l'exercice du pouvoir, aussi minuscule soit-il, permet souvent à la connerie de donner sa pleine mesure.
  • le premier ministre britannique a récemment présenté des excuses pour ce qu'avait subi Alan Turing il y a à peine quelques dizaines d'années. Alan Turing était un mathématicien et l'un des pères de l'informatique moderne. Nos amis électroniques lui doivent beaucoup. Malheureusement, ses travaux ont été brutalement interrompus lorsqu'il s'est suicidé en 1954. Il avait deux ans auparavant été condamné à la castration chimique pour homosexualité. Oui, en ces âges barbares, dans ce pays sous-évolué, l'homosexualité était un crime, passible de prison ou de la castration chimique. Heureusement, nous vivons une époque moderne, dans un pays évolué. Cela ne risque plus d'arriver. Si on doit recourir à la castration chimique, cela ne concernera que les délinquants sexuels les plus dangereux, ceux dont on fiche également l'empreinte génétique. Ah bon, maintenant on peut ficher les empreintes génétiques d'à peu près tout le monde ???

mercredi 24 juin 2009

La chasse ne connaît pas de trêve

Une petite ruelle piétonne du centre de Paris. A cette heure très matinale elle est encore déserte, mais ne tardera pas à s'emplir des cris des enfants de la petite école tranquille nichée cans un coin. Je marche rapidement, encore à moitié endormi, essayant pour me donner du cœur de choper un peu du joli bleu du ciel, de la lumière rasante sur les façades de pierres, des dernières bribes de fraîcheur nocturne. Je ne fais attention ni à l'ado qui traîne les pieds quelques mètres devant, ni aux quatre patibulaires tenant le mur un peu plus loin.

Au moment où le lycéen passe devant eux, deux le bloquent soudain, j'aperçois une carte et la phrase honnie brise en mille morceaux le silence et cette journée qui ne commençait pas trop mal. Toujours les mêmes mots dégueulasses qui annoncent les rafles : "papiers !". Le jeune est looké en jeune, fringues pleines de logos, coupe de cheveux travaillée, iPod sur les oreilles. Surpris, il enlève ses écouteurs, ne comprend pas ce qui se passe, demande dans un parisien sans accent ce qu'on lui veut. Je n'ai pas le temps d'en voir plus. Un vieil homme s'est engagé à son tour dans la rue, et les deux autres molosses viennent de le bloquer contre le mur, le contrôlent à son tour. Je m'étonne. Avec ma dégaine, j'ai pourtant l'air bien moins "intégré" ou respectable que mes deux collègues passants. Ca m'a valu au fil des années bien des contrôles, bien des fouilles. Mais pas cette fois-ci, va comprendre, je ne correspond sans doute pas à leur cible du moment.

Contenant ma colère, je m'adresse à l'un des miliciens, lui demande pourquoi il ne me contrôle pas. Il se fout de ma gueule en me disant qu'aujourd'hui ils ne contrôlent pas les chevelus et m'invite en aboyant à circuler. Il faut sans doute avoir un esprit tordu comme le mien pour se dire que ce qui m'a évité le contrôle ce matin c'est mon bronzage de geek qui me donne le teint nettement plus blafard que mes deux camarades.

Il n'y a rien à faire, personne en vue à rameuter pour essayer de dénoncer l'injustice criante de ces rafles au faciès. Je m'éloigne en serrant les dents, les poings, essayant de contenir le dégoût, la nausée, la colère. Essayant de ne pas penser à ce qui va arriver si l'un des deux contrôlés n'a pas ces saloperies de bouts de papier sur lui.

Jeux de chaises musicales tout en haut. Mais tout en bas la chasse aux corps étrangers ne connaît pas de trêve. La machine à rafler, expulser, purifier continue à écraser nos vies.

mardi 28 avril 2009

L'humour est la politesse du désespoir...

... et pour une fois Microsoft a de l'humour.

Je viens d'essayer, pour faire d'inavouables tests, de me connecter sur un site quelconque de leur Galaxie. J'utilisais une nightly de Firefox, c'est à dire une version de développement de la branche qui deviendra sans doute Firefox 4. On peut difficilement faire plus récent. Et voici ce que, désespéré d'avoir disparu du paysage des navigateur Web, le site de Microsoft m'a affiché: Upgrade to IE6

Me proposer de mettre à jour un Firefox de la veille par un navigateur plus récent, comme par exemple IE6, il fallait oser, ils l'ont fait, c'est à ça qu'on les reconnaît ;)

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